Muscles de la face d’extension de l’avant-bras

 

Ces muscles forment une masse qui naît en partie de l’humérus, au dessus de l’épicondyle ainsi qu’à l’épicondyle et en partie de l’avant-bras. Les corps charnus de ces muscles recouvrent le radius en dehors et en arrière. Leurs tendons terminaux sont grêles et courent presque tous le long de l’extrémité distale de la face dorsale de l’avant-bras pour arriver au dos de la main. Dans leur trajet, ces tendons ont une position et une direction déterminées, que leur assigne le ligament dorsal du carpe, encore appelé ligament annulaire postérieur du carpe. Ce ligament est inséré à des saillies du radius et du cubitus et donne lieu à la formation de six compartiments ou canaux fibreux, qui livrent passage aux tendons (fig. 294). Tous ces muscles sont innervés par le nerf radial. Ils sont disposés en une couche superficielle et une couche profonde. Nous divisons ceux de la couche superficielle en un groupe radial et un groupe cubital. Les muscles du groupe radial naissent à l’humérus et sont appliqués le long du radius. Ils forment, dans leur partie supérieure, une saillie musculaire, qui délimite en dehors le pli du coude. Ceux du groupe cubital sont plus rapprochés du bord cubital de l’avant-bras.

Couche superficielle.

GROUPE RADIAL

M. LONG SUPINATEUR (m. brachio-radialis, supinator longus) (fig. 292).Il naît du bord externe de l’humérus à l’aide d’un long corps charnu aplati, en rapport avec le brachial antérieur. Puis il descend le long du bord radial de l’avant-bras, au-dessus du corps du premier radial externe. Son tendon terminal, vers le milieu de la longueur du radius, se rétrécit et se rapproche du radius pour s’insérer au-dessus de l’apophyse styloïde de cet os.

Le corps charnu de ce muscle forme le bord radial du pli du coude ; il croise ensuite le rond pronateur. Il intervient dans la supination, mais il fait également tourner le radius en sens inverse, c’est-à-dire en pronation. Au reste, c’est un fléchisseur de l’avant-bras. (D, UCHENNE – WELCKER, Arch. f. Anat. und Physiol.)

Assez rarement on a constaté que certains faisceaux de ce muscle remplaçaient des faisceaux du brachial antérieur. Cette variété est en relation avec ce que nous avons dit précédemment des connexions qui existent entre la couche superficielle du brachial antérieur et le fascia du long supinateur .

M. PREMIER RADIAL EXTERNE (m. extensor carpi radialis longus, vel radialis externus longus(fig.292). Il naît au-dessous du précédent, au bord externe de l’humérus jusqu’à l’épicondyle. Son corps charnu est un peu aplati; il est recouvert à sa surface, vers le milieu de l’avant-bras, par l’origine du tendon terminal. Ce dernier descend le long du radius et passe, avec le tendon du second radial externe, dans le deuxième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. Il arrive au dos de la main et va s’y insérer à- la base du deuxième métacarpien. Action. Ce muscle produit l’extension et la flexion dorsale de la main vers son bord radial.

M. SECOND RADIAL EXTERNE (m. extensor carpi radialis brevis, vel radialis externus brevis). Le corps de ce muscle, qui est presque entièrement recouvert par le premier radial externe, prend origine à l’épicondyle, au ligament annulaire du radius et à un feuillet tendineux qui le sépare de l’extenseur commun des doigts et qui s’étend à la face interne du corps du muscle, vers le bas. Son tendon terminal apparaît plus bas que celui du premier radial externe. Il longe ce dernier le long du radius et passe en même temps que lui dans le deuxième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. Il va s’insérer à la base du troisième métacarpien.

Son action est semblable à celle du muscle précédent. Les deux radiaux externes produisent, en combinant leur action avec celle du grand palmaire, un nouveau mouvement : l’abduction de la main du côté radial.

GROUPE CUBITAL.

Ce groupe de muscles, à son origine éloigné du .cubitus, est en contact immédiat avec le groupe radial. Il est cependant plus rapproché du bord cubital de l’avant-bras. A quelque distance de son point d’origine, il est plus nettement séparé du groupe radial. Là, quelques muscles de la couche profonde, en gagnant la surface, les séparent l’un de l’autre.

M. EXTENSEUR COMMUN DES DOIGTS (m. extensor digitorum communis) (fig. 292). Uni à son origine au second radial externe, il part de l’épicondyle ainsi que de la portion aponévrotique du fascia antibrachial, qui s’insère aussi à l’épicondyle et recouvre le corps du muscle. Dans la moitié proximale de l’avant-bras il se divise en trois faisceaux parallèles, dont les deux premiers se continuent chacun avec un tendon terminal, tandis que le troisième en fournit deux. Ces quatre tendons passent au dos de la main, à travers le quatrième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. A partir de là, ils divergent et se dirigent en s’élargissant vers les quatre derniers doigts où ils servent à former une large membrane tendineuse, qui recouvre la face dorsale des doigts. Cette membrane, dont nous parlerons à propos de la main, s’appelle l’aponévrose dorsale des doigts.

Voir également  Muscles spino-dorsaux courts ou m. courts de la colonne vertébrale

Le tendon du petit doigt fait fréquemment défaut. Il est alors remplacé par un large faisceau tendineux, qui part du tendon de l’annulaire et se porte plus ou moins obliquement jusqu’à l’aponévrose dorsale du petit doigt. Une bandelette tendineuse semblable se détache du tendon de l’annulaire et s’unit à celui du médius. Enfin, il existe une union semblable entre le tendon du médius et celui de l’index; cette bandelette est tantôt transversale, tantôt oblique. L’autonomie des mouvements d’extension des différents doigts dépend de l’étendue plus ou moins considérable de ces bandelettes unissant les tendons extenseurs sur la face dorsale du métacarpe. Grâce à l’extension de l’aponévrose dorsale des doigts jusqu’à la base des deuxièmes et des troisièmes phalanges, l’insertion des tendons de l’extenseur commun se trouve reportée en ces points.

M. EXTENSEUR PROPRE DU PETIT DOIGT (m. extensor digiti quinti proprius) (fig. 292). Le corps grêle et fusiforme de ce muscle est intimement uni au bord cubital du muscle précédent. Entre eux se trouve un feuillet tendineux, d’où partent des faisceaux d’origine des deux muscles. Le tendon terminal de l’extenseur propre du petit doigt apparaît dans la moitié distale de F avant-bras; il se dirige isolément vers le bas et passe dans le cinquième canal fibreux, recouvert par le ligament annulaire postérieur du carpe. Dans ce canal il longe le bord cubital de la main et se continue avec l’aponévrose dorsale du petit doigt. Il exerce la même action et présente la même innervation que le muscle précédent.

M. CUBITAL POSTÉRIEUR (m. extensor carpi ulnaris brevis, vel ulnaris externus). Ce muscle, qui longe la face dorsale du cubitus, naît d’un tendon commun avec celui de l’extenseur commun des doigts. Ce tendon descend sur le muscle à la fois à sa surface et dans son épaisseur. La partie supérieure du corps charnu est en rapport, par son bord cubital, avec le muscle anconé. Son tendon terminal longe le cubitus et passe à travers le sixième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. Il s’applique contre la tète du cubitus et arrive au dos de la main, où il va s’insérer au bord cubital de la base du cinquième métacarpien.

Ce muscle reçoit encore assez souvent des faisceaux d’origine qui viennent du cubitus au delà de l’anconé. Action. Il détermine l’extension et la flexion dorsale de la main vers le bord cubital. Son action combinée à celle du cubital antérieur produit l’abduction cubitale de la main.

Couche profonde.

A cause de la rotation du radius, la plupart des muscles de cette couche prennent leurs origines sur le cubitus ou bien sur la partie de la membrane interosseuse qui avoisine cet os. Il en résulte que leurs fibres sont obliquement dirigées du bord cubital vers le bord radial de l’avant-bras. Nous distinguons dans cette couche un muscle proximal et plusieurs muscles distaux.

MUSCLE PROXIMAL.

M.COURT SUPINATEUR (m. supinator, m. supinator brevis) (fig. 291. et 293). Ce muscle plat entoure la partie supérieure du radius. Ses faisceaux d’origine proviennent les uns, de la partie supérieure du bord externe du cubitus, près de l’insertion terminale de l’anconé, et les autres, du ligament annulaire du radius. Les fibres du muscle divergent, de telle “sorte que les supérieures sont dirigées obliquement vers le bas, tandis que les inférieures descendent plus verticalement. Elles prennent leurs insertions terminales sur le radius : les parties profondes du muscle ‘insèrent, d’une part, au-dessus de la tubérosité bicipitale, et, d’autre part, “en dehors de cette tubérosité ; la partie superficielle du muscle s’insère plus bas à une surface rugueuse qui commence au-dessous de la tubérosité bicipitale et s’étend jusqu’à l’empreinte du rond pronateur.

Le tendon d’origine du court supinateur recouvre une grande partie de la surface du muscle. Le rameau profond du nerf radial traverse le muscle et le divise en deux couches. Action. Il préside à la supination, en faisant tourner le radius.

MUSCLES DISTAUX.

Ces muscles naissent au-dessous du bord distal du court supinateur. Leurs tendons terminaux passent entre les muscles de la couche superficielle.

M.LONG ABDUCTEUR DU POUCE (m. abductor pollicis longus) (fig. 293). A son origine il est uni à l’origine cubitale du court supinateur. Il reçoit en outre des faisceaux qui proviennent de la membrane interosseuse et du radius, le long du bord inférieur du court supinateur. Le corps du muscle est grêle ; il devient libre et court obliquement en dehors sur le radius. Il croise ensuite, en passant au-dessus d’eux, les tendons terminaux des deux radiaux externes. Le tendon terminal, qui apparaît déjà plus haut à la face interne du corps du muscle, passe au-dessus de l’insertion terminale du long supinateur, à travers le premier canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe, et va s’insérer à la base du premier métacarpien. Le tendon terminal est très souvent divisé et l’une de ses branches se continue alors avec l’origine du court abducteur du pouce.

Voir également  Muscles postérieurs du cou

Fréquemment l’origine du muscle est encore transformée en une bandelette tendineuse qui s’insère au radius et qui passe comme un pont au-dessus des deux radiaux externes. Il agit comme abducteur du pouce.

M. COURT EXTENSEUR DU POUCE (m. extensor pollicis brevis) (fig. 293). A son origine il est recouvert, en partie par le long abducteur du pouce et en partie, par le long extenseur du pouce. Ses faisceaux d’origine proviennent, les uns directement du cubitus, d’autres d’un feuillet tendineux inséré au cubitus et d’autres, enfin, de la membrane interosseuse jusqu’au radius. Son origine cubitale se trouve dans le prolongement de celle du long abducteur du pouce. Le corps du muscle court au-dessus du radius, toujours uni au long abducteur du pouce. Il croise, comme ce dernier, obliquement les tendons des radiaux externes et arrive à la main, après avoir traversé le premier canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. Là le tendon terminal longe la face dorsale du premier métacarpien jusqu’à la base de la première phalange du pouce, à laquelle il s’insère complètement ou partiellement, ou bien, il s’étend jusqu’à la dernière phalange du pouce, en formant, avec le tendon terminal du long extenseur de ce doigt, une aponévrose dorsale.

Lorsqu’ils sont contractés, il est facile d’observer, à travers la peau, les corps charnus du long abducteur et du court extenseur du pouce, disposés obliquement sur le radius. Ce muscle est extenseur du pouce.

M. LONG EXTENSEUR DU POUCE (m. extensor pollicis longus) (fig. 293). Ce muscle recouvre l’origine du court extenseur du pouce, son origine étant en rapport intime avec le long abducteur de ce doigt. Ses faisceaux proviennent, les uns du cubitus, les autres de la membrane interosseuse. Ils se réunissent pour former un corps charnu grêle. Sa partie libre est appliquée sur le radius. Son tendon terminal apparaît à la surface, le long du bord radial de l’extenseur commun des doigts. Il traverse le troisième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe ; puis il se dirige obliquement vers le bord radial de la main, en croisant les tendons des radiaux externes. Il arrive ainsi au premier métacarpien, forme généralement avec le tendon du court extenseur du pouce une aponévrose dorsale et va s’insérer à la base de la phalange unguéale du pouce. Pendant que le pouce est en extension et en abduction, la partie du tendon terminal de ce muscle qui passe au-dessus de la racine de la main se distingue facilement à travers la peau.

M. EXTENSEUR PROPRE DE L’INDEX (m. extensor indicis proprius, m. indicator) (fig. 293). De tous les muscles de cette couche profonde, c’est celui qui est le plus distal. Ses faisceaux d’origine partent du cubitus; quelques-uns proviennent également de la membrane interosseuse. Le corps grêle du muscle passe au-dessous des tendons de l’extenseur commun des doigts, à travers le quatrième canal fibreux du ligament annulaire postérieur du carpe. Le tendon terminal, devenu libre pendant son passage dans ce canal, accompagne celui de l’extenseur commun qui est destiné à l’index. A la face dorsale de ce doigt, il va se terminer dans l’aponévrose dorsale de l’index.

Le groupe distal de la couche profonde des muscles dorsaux de l’avant-bras représente un extenseur profond des doigts, qui s’est divise en différents muscles pour donner aux doigts des mouvements plus indépendants. Les nombreuses variétés que l’on a signalées confirment cette interprétation, qui est d’ailleurs en parfaite harmonie avec la disposition réalisée au pied, par le court extenseur commun des orteils ou muscle pédieux.

Chez les Prosimiens et chez les Singes, la couche profonde fournit aux différents doigts un nombre plus considérable de tendons extenseurs profonds que chez l’homme. La disposition est donc plus primitive. Enfin, chez eux, le tendon terminal de l’extenseur propre de l’index se divise généralement de façon à fournir un tendon profond au médius et, chez un certain nombre d’entre eux, il en fournit même un au quatrième doigt (annulaire). Parfois même il existe des muscles extenseurs profonds spéciaux pour le deuxième et le quatrième doigt. Le tendon du long extenseur du pouce se divise également, chez certains Singes, de façon à donner un tendon au deuxième doigt (index) et même au médius. Nous constatons donc chez eux, d’une façon générale, une différenciation moindre de ces muscles. Lire à ce sujet: BISCHOFF, Sitzungsberichte der Acad. zu Munchen .

Voir également  Muscles abdominaux obliques et transversaux (muscles larges de l’abdomen)

C’est en tenant compte de ces dispositions qu’il faut aussi expliquer les cas où, chez l’homme, on constate la division des tendons terminaux de ces muscles. Ces considérations s’appliquent également au cas où il existe une branche de division de l’extenseur propre de l’index destinée au pouce, ce qui peut même donner lieu à la formation d’un muscle particulier, extenseur à la fois de l’index et du pouce, comme cela existe chez les Rongeurs. W. GKUBER, Arch. f. pathal. Anat.

Les six canaux fibreux situés au-dessous du ligament annulaire dorsal ou postérieur du carpe sont comptés en allant du bord radial au bord cubital de la main. Ils logent : le premier, le long abducteur et le court extenseur du pouce; le deuxième, les deux radiaux externes; le troisième, le long extenseur du pouce ; le quatrième, l’extenseur commun des doigts et l’extenseur propre de l’index; le cinquième, l’extenseur propre du petit doigt, et le sixième enfin, le cubital postérieur. C’est dans leur trajet à travers ces canaux que les gaines tendineuses sont le mieux développées.

Celles des deux radiaux externes ne dépassent que peu le bord supérieur du ligament annulaire. Celles du quatrième et du troisième canal sont plus développées. La gaine du troisième canal fibreux communique parfois avec celle du deuxième canal. Mais c’est la gaine fibreuse de l’extenseur propre du petit doigt qui s’étend le plus loin; elle va parfois jusqu’à la tète ‘du métacarpien. Souvent on voit sortir entre les faisceaux fibreux du ligament annulaire de petites évaginations des gaines tendineuses. Les soi-disant « ganglions », que l’on appelle vulgairement « exostoses » ou « suros », ne sont que de semblables évaginations plus développées et remplies de synovie. Indépendamment des mouvements de la main et de ses parties constitutives, que produisent ces différents muscles, ils engendrent encore des mouvements combinés.

Il en résulte que plusieurs de ces muscles, en combinant leur action, déterminent des mouvements qu’aucun d’entre eux ne pourrait produire à lui seul. Ces mouvements sont l’extension et la flexion, c’est-à-dire la flexion dorsale et la flexion palmaire de la main, et ensuite l’adduction et l’abduction de cette partie du membre supérieur.

Ces mouvements sont déterminés par les deux muscles radiaux externes, le cubital postérieur, le grand palmaire et le cubital antérieur. Nous résumons dans ce tableau le schéma de ces actions combinées :

Extension

Muscles radiaux externes                         M. cubital postérieur

Adduction                                                                                                        Abduction

M. grand palmaire                             M. cubital antérieur

Flexion

Il est à remarquer que, comme l’adduction et l’abduction sont produites par action combinée de plusieurs muscles, pendant ces mouvements, diverses articulations de la main interviennent aussi en combinant leur fonction. Voir plus haut .