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Définition et but de l’anatomie

L’Anatomie est l’étude de la constitution ou de la structure du corps vivant. Elle s’occupe des parties complètement développées dont se compose le corps. Pour arriver à connaître cette constitution, il faut disséquer le corps : l’Anatomie est donc la science de la dissection. De là son nom, qui tire son étymologie de ἀνατέμɩεν. La dissection n’est par conséquent qu’un moyen ; le but de l’Anatomie, c’est de connaître et d’interpréter les résultats fournis par elle.

Dans les parties dont est composé le corps, il se produit, pendant la vie, toute une série de phénomènes dont nous percevons les manifestations. Les parties du corps sont les charpentes matérielles, dans le squeulettes s’accomplissent les fonctions de l’organisme, dont le jeu constitue la vie : ce sont donc des instruments, des organes. Si l’Anatomie nous fait voir que le corps est composé d’organes, elle nous le montre cependant comme une réunion d’organes formant un tout unique, c’est-à-dire comme un organisme.

Dans la constitution d’un organisme, l’Anatomie nous apprend à connaître la forme des parties, leur disposition dans l’espace et leurs rapports réciproques. L’Anatomie fait donc partie de la Morphologie, cette science qui s’occupe de l’enchaînement des formes. Une autre branche de la morphologie est constituée par Y Histoire du développement, encore appelée Embryogénie. L’Embryogénie étudie à un double point de vue les modifications successives et progressives que subit l’organisme : d’une part, elle cherche à établir les lois de son développement individuel, et, d’autre part, elle tache d’arriver à la connaissance des origines du groupe naturel, plus ou moins important, auquel il appartient. L’Histoire du développement comprend ainsi l’Ontogénie, c’est-à-dire l’histoire du développement de l’individu aux dépens de son germe ou l’histoire de l’embryon, et la Phylogénie, c’est-à-dire l’histoire du développement des organismes aux dépens d’autres organismes, ou, en d’autres termes, l’étude de la descendance, l’histoire des souches (HAECKEL).

Vis-à-vis de ces sciences morphologiques se place la Physiologie, c’est à dire l’étude des fonctions qui s’accomplissent dans les organes et qui servent, soit à la conservation de la vie de l’individu, soit à la conservation de l’espèce. Autant le but de la physiologie diffère de celui des sciences morphologiques, autant diffèrent aussi les méthodes de recherches usitées dans ces deux groupes de sciences.

L’Anatomie trouve dans chaque organe un objet de recherches. Quand elle s’occupe de la structure des organismes animaux, on la désigne sous le nom de Zootomie; quand elle n’étudie que celle du corps humain, elle constitue l’Anthropotomie. Dans l’un comme dans l’autre cas, elle peut s’en tenir exclusivement aux résultats que lui fournit la dissection, et se borner à les figurer et à les décrire : on l’appelle alors Anatomie descriptive. Si, au contraire, le but qu’elle poursuit n’est pas la description pure et simple des faits, mais la connaissance des relations que nous montre la comparaison des dispositions réalisées dans différents organismes, elle constitue, dans ce cas, l’anatomie comparée.

Les méthodes dont se sert l’Anatomie restent les mêmes, quel que soit l’organisme qu’elle prenne comme objet de ses recherches. La Zootomie et l’Anthropotomie ne diffèrent que par leurs sujets d’investigation. D’ailleurs anciennement la connaissance de l’Anatomie de l’homme s’appuyait exclusivement sur les résultats fournis par la dissection des animaux : c’est de ces résultats que l’on déduisait alors, par analogie, la constitution anatomique de l’organisme humain. Ainsi l’Anatomie fut donc une, dès sa toute première origine. Et pourtant une place distincte doit être réservée à la partie anthropotomique de l’Anatomie. C’est, en effet, qu’il s’agit là de la connaissance de notre propre organisme, connaissance qui nous révèle quelle est la position de l’homme dans la nature et qui nous apprend à connaître les relations qui existent entre lui et le monde organisé, en ce qui concerne ses dispositions organologiques.

Mais l’Anatomie humaine n’est pas moins importante encore par ses relations avec les sciences médicales. La connaissance de la structure du corps humain constitue la base primordiale, indispensable, de toutes les branches de la médecine. De même que l’Anthropotomie a commencé a se développer en raison de cette nécessité pratique, et que son origine est très étroitement liée à celle de la médecine, de même aussi son développement a marché de front avec celui des sciences médicales. Aucun autre organisme supérieur n’a été soumis à des investigations aussi attentives, aussi variées et aussi minutieuses, pour tout ce qui touche sa structure que l’organisme humain. Aussi doit-on le considérer sans réserve comme étant également le mieux connu.

Si l’Anthropotomie, aussi richement dotée, aussi puissante par ses relations avec la médecine, se trouve toujours au premier rang, quand il s’agit de faits anatomiques, cependant la nature même de son objet nous montre qu’elle offre d’autres relations nombreuses et importantes.

En effet, la connaissance de l’organisme complètement développé ne suffit nullement pour en faire apprécier la valeur et la signification scientifiques ; car l’organisme humain n’est pas isolé dans la nature, mais il n’est qu’un terme d’une série infinie, dans laquelle la connaissance d’un individu quelconque n’est rendue compréhensible que par celle des connexions, qui l’unissent aux autres.

Les relations intimes qui existent entre l’Anatomie humaine et la médecine pratique n’ont pas seulement déterminé le développement de cette science ; mais elles ont aussi progressivement donné naissance à des sciences distinctes, qui possèdent des bases fondamentales communes et une étroite liaison avec l’Anthropotomie. Il en est ainsi de l’Anatomie pathologique, qui-depuis longtemps déjà s’est transformée en une science distincte et poursuit un but spécial.

En traitant d’une manière particulière les données anatomiques, on fait de l’Anatomie topographique. Cette branche des sciences anatomiques s’occupe de l’étude de la disposition topographique exacte des organes. Elle n’expose pas la structure du corps, en étudiant successivement les différents systèmes d’organes ; elle suppose connue la structure de ces systèmes et s’occupe exclusivement de la description des dispositions réciproques que présentent les différents organes dans des parties déterminées du corps, c’est-à-dire dans certaines régions, à la constitution desquelles les systèmes d’organes les plus variés peuvent prendre part. Quand elle ne prend en considération que les régions importantes au point de vue opératoire, elle devient l’Anatomie chirurgicale, qui, par conséquent, coïncide plus ou moins complètement avec l’Anatomie topographique. Ces deux branches de l’Anthropotomie ont, par leurs relations exclusives avec la pratique médicale, la plus grande importance pour la médecine. On peut, en se plaçant à ce point de vue, les considérer comme des sciences propres ; mais il faut bien dire cependant qu’il leur manque en quelque sorte, à l’une et à l’autre, le caractère d’une vraie science, attendu qu’elles ne sont que des applications de l’Anatomie à un but exclusivement pratique.