Comparaison entre le crâne de l’homme et celui des animaux

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De toutes les parties du squelette, c’est le crâne qui présente le plus, grand nombre de caractères particuliers. Cela dépend de l’extrême multiplicité des rapports que possède le squelette de la tête avec d’autres organes. Moins est active la participation que prend une partie du squelette à l’économie générale de l’organisme, ou, ce qui revient au même, moindre est sa coopération au mécanisme des fonctions, moins importants aussi sont les caractères que ces fonctions lui fournissent et par conséquent plus actives sont les influences que peuvent exercer sur sa forme les organes qui l’avoisinent. De même que la similitude de la disposition générale du crâne chez les vertébrés est la résultante de la similitude de ses rapports généraux, de même aussi les caractères spéciaux qu’il présente dans les différents groupes sont la conséquence de la (diversité des rapports qu’il affecte avec les organes qui l’avoisinent. Les caractères spéciaux sont dus, tout comme ceux des autres parties du squelette, à son adaptation à des fonctions déterminées et à ses rapports avec d’autres organes. L’on peut arriver à reconnaître ses caractères spéciaux en le comparant au crâne d’animaux voisins.

Si l’on compare le crâne de l’homme aux crânes des singes, on reconnaît que les différences qui existent entre eux sont déterminées par leurs relations avec d’autres organes. Ces différences, on peut les faire ressortir nettement à l’aide de mensurations; mais leurs causes n’en restent pas moins obscures. Pour arriver à les connaître, il faut prendre en considération les adaptations qui ont laissé sur lui des traces réelles.

Les facteurs les plus importants qui ont exercé leur influence sur le squelette de la tête sont ses deux rapports les plus primitifs avec le cerveau et les organes des sens. Il faut y ajouter ses relations avec le système digestif, dont la partie initiale est entourée par lui (page 196). Chacun de ces deux facteurs primordiaux a agi spécialement sur l’une ou sur l’autre des deux grandes divisions du crâne; l’un a exercé son action sur la région cérébrale et l’autre sur la région faciale du crâne. Mais ce n’est pas à dire cependant que l’influence de chacun d’entre eux se soit localisée d’une façon absolue sur l’une ou sur l’autre région du crâne. Au contraire, il n’est pas douteux que le cerveau n’ait déterminé certains caractères du squelette de la région faciale et réciproquement que les organes des sens n’aient produit des particularités d’organisation de la région cérébrale du crâne.

Que la capsule cérébrale du crâne s’adapte au volume et à la forme du cerveau, c’est ce que nous prouve l’étude de l’ontogénie de ces organes. Chez les singes anthropoïdes le cerveau prend moins de développement; aussi voyons-nous chez eux la région cérébrale du crâne beaucoup moins développée que la région faciale, ce qui donne même à cette dernière la prépondérance. Il en résulte que toutes les dimensions de la cavité crânienne sont moindres chez les singes anthropoïdes que chez l’homme; elles ne sont même pas masquées par une augmentation de l’épaisseur des os en certaines places. L’accroissement post-embryonnaire du cerveau semble être beaucoup moindre chez eux que chez l’homme, ce qui revient à dire que e volume définitif du cerveau est atteint beaucoup plus tôt chez eux, mais il st en même temps beaucoup plus faible que celui du cerveau de l’homme. Il en résulte que la différence qui existe entre le cerveau des singes anthropoïdes et celui de l’homme est moindre si on les compare chez des sujets jeunes que si on le fait chez des adultes. Cette différence s’accentue encore avantage par ce fait que la région faciale du crâne prend chez les singes, pendant toute la jeunesse, un développement considérable. Dans la région faciale c’est avant tout la cloison interorbitaire qui est influencée par le volume des lobes frontaux du cerveau. Chez l’orang cette cloison est très étroite; elle l’est moins chez les hylobates et chez le gorille. Elle est beaucoup plus large chez l’homme, ce qui est en rapport avec le développement en largeur des lobes frontaux. Mais il n’y a pas que le développement du cerveau qui exerce une influence sur l’accroissement en largeur de la cloison interorbitaire. Cette dernière intervient aussi dans la délimitation des fosses na-‘ sales, de sorte que son élargissement est principalement déterminé par le développement des cellules ethmoïdales. Quand la cloison interorbitaire est très étroite, les cellules ethmoïdales font complètement défaut ou bien elles ne sont que très peu développées.

Voir également  Articulations des os du pied

Chez beaucoup de singes, le frontal participe aussi davantage à la formation de la cloison interorbitaire. Les parties du frontal qui, chez eux, font encore partie de la paroi interne de l’orbite sont, chez l’homme, reportées vers la voûte de la cavité orbitaire et forment le fond de la fosse crânienne antérieure, sur lequel reposent les lobes frontaux des hémisphères cérébraux. De ce rapports du frontal dépend la disposition des os nasaux, qui semblent rudimentaires parce que la cavité nasale est reportée vers le bas. Les rapports de conformation et de volume des hémisphères cérébraux ont aussi une grande importance pour l’extension des autres parties de la capsule

crânienne. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les coupes, représentées fig. 192, pratiquées dans le crâne de l’homme et celui de quelques animaux pour se rendre compte de cette influence. Le développement beaucoup plus considérable de a cavité crânienne, chez l’homme, a déterminé l’inclinaison plus marquée de a surface nuchale de l’occipital et a reporté le trou occipital en bas et en avant, tandis que chez la plupart des mammifères il regarde en arrière (fig. 192, D) ; chez les anthropoïdes il est dirigé, jusqu’à un certain point, dans un plan vertical, le volume du cerveau étant chez eux relativement plus considérable dans le jeune âge que chez l’adulte. De plus, chez les mammifères, le développement des hémisphères cérébraux entraîne aussi l’accroissement de l’angle basilaire du crâne, c’est-à-dire de l’angle formé au niveau du dos et de la selle turcique par l’axe longitudinal du corps de l’occipital et celui du corps du sphénoïde.

D’un autre côté, les os de la région maxillaire et le maxillaire inférieur présentent chez l’homme, dans leur disposition, des différences remarquables avec ce qui existe chez les singes. Les mâchoires, qui sont les organes servant à porter les dents, sont influencées par la conformation de ces dernières. De même que l’on voit leurs parties alvéolaires se développer en même temps que les dents se développent et s’atrophier quand les dents disparaissent, de même aussi l’on constate que la disposition de leurs autres parties constitutives est en relation avec l’action des dents.

A ce point de vue, le volume des dents est important. Plus le volume des dents est considérable chez l’homme, plus les mâchoires deviennent puissantes. Chez les singes, nous constatons, dans le développement des mâchoires, des différences importantes en relation avec la puissance de la denture. Le système des dents de lait, chez l’orang, est formé par des dents beaucoup plus volumineuses que les dents définitives de l’homme. Il est aussi d’ailleurs plus développé que le système des dents de lait du chimpanzé. Aussi les mâchoires du jeune orang proéminent-elles davantage. De plus, l’adaptation du volume des mâchoires à celui des dents qu’elles portent est accompagnée du développement plus puissant des muscles de la mastication. Ainsi apparaît une nouvelle cause, qui n’est pas sans exercer une grande influence sur le crâne. En effet, ce ne sont pas seulement les surfaces d’insertion au maxillaire inférieur des muscles masseter et temporal qui prennent plus d’extension, mais également leurs surfaces d’insertion au crâne. L’extension de l’arcade zygomatique et la saillie plus prononcée de l’os malaire chez l’orang sont la conséquence du développement du masseter; chez lui aussi, l’extension, sur presque toute la surface du crâne, du muscle temporal a déterminé la formation d’une crête osseuse à la face externe de la -voûte du crâne et des modifications importantes de sa forme elle-même. Nous venons de reconnaître l’influence qu’exercent les dents sur les mâchoires, les mâchoires sur les muscles et les muscles sur la conformation du crâne. Il nous reste encore à dire que la denture elle-même éprouve des modifications en rapport avec le mode de vie de l’animal et avec le mode particulier de préhension des aliments, enfin qu’elle donne lieu à la formation d’armes défensives pour l’animal. Toutes ces causes sont des facteurs étrangers au squelette de la tête, étrangers même en partie à l’organisme lui-même, mais qui exercent une influence sur la conformation du crâne, influence qui s’est fait sentir progressivement et qui devient de plus en plus importante de générations en générations.

Voir également  Os de la cuisse ou Fémur

De même qu’il faut attribuer au développement remarquable du cerveau chez l’homme, par rapport à celui des singes, le développement de la portion cérébrale de son crâne, de même aussi les différences qui existent, dans la région faciale, entre l’homme et les singes, doivent être considérées comme résultant du moindre développement de la denture chez l’homme. La détermination des causes principales qui ont occasionné les différences spéciales existant entre le crâne de l’homme et celui des singes anthropoïdes, nous démontre que le crâne est, comme les autres parties du corps, soumis à l’adaptation. Il en résulte que nous devons admettre un e transformation progressive de ces particularités, transformation dont la valeur dépend de l’influence des facteurs que nous avons mentionnés. Cependant ces facteurs que nous avons considérés comme les causes les plus immédiates des transformations subies par le squelette de la tête ne sont pas les seuls. Le développement des fosses nasales et celui des cavités orbitaires déterminent aussi des modifications dans la constitution du crâne. La connaissance des causes qui agissent sur le développement du crâne typique nous permet de rattacher cette partie du squelette de l’homme, tout comme l’ensemble de l’organisme, à des états inférieurs d’organisation, où ces causes agissent moins activement.

La conformation du crâne humain étant considérée comme le résultat d’adaptations, il en résulte que l’on ne peut établir un contraste entre lui et le crâne des animaux. Ce sont en effet, chez l’homme comme chez les animaux, les mêmes facteurs qui sont en jeu ; seule la mesure de leur action est différente. Cependant on a exprimé, depuis longtemps déjà, l’idée qu’indépendamment de l’adaptation, il intervient encore d’autres causes, inhérentes aux pièces squelettiques elles-mêmes, c’est-à-dire au crâne lui-même. Nous pensons qu’à part l’adaptation, l’hérédité seule intervient, hérédité qui n’est elle-même que le résultat d’une adaptation.