Colonne vertébrale

 

 

Tant par sa composition en une série de pièces successives, conformées essentiellement de la même manière, que par son union avec les organes appendiculaires désignés sous le nom de côtes, la colonne vertébrale constitue l’expression la plus réelle de la métamérie de l’ensemble du tronc. Cette métamérie est aussi exprimée par d’autres systèmes d’organes: muscles, nerfs et vaisseaux sanguins. Le caractère métamérique, qui a été perdu par d’autres systèmes d’organes, au fur et à mesure qu’ils se transformaient, et qui a aussi disparu, sans laisser presque aucune trace, dans le squelette de la tête, s’est maintenu au contraire dans le squelette du tronc.

Autour de la corde dorsale se forme une couche de tissu, qui l’entoure de toutes parts. Dans ce tissu apparaissent des pièces de cartilage hyalin, dont le nombre correspond à celui des vertèbres futures. Le tissu qui sépare ces pièces cartilagineuses se transforme aussi en cartilage, mais il ne reste pas cartilagineux d’une façon définitive. Les pièces cartilagineuses cylindriques, disposées autour de l’axe de la corde dorsale, sont les ébauches des parties principales des vertèbres, les corps des vertèbres. Le corps de chaque vertèbre s’étend à droite et à gauche en un arc dorsal plus petit, formé dans la paroi molle du canal qui délimite la moelle épinière. Cet arc dorsal devient un organe de soutien plus résistant pour la moelle épinière. L’arc droit et l’arc gauche gagnent progressivement la ligne médio-dorsale et constituent alors dans leur ensemble l’arc vertébral de la vertèbre. Ainsi se trouve divisée la partie essentielle de la vertèbre en un corps et un arc. L’arc cartilagineux envoie encore des prolongements ou apophyses.

Tout le tissu périchondrique n’est pas employé à la formation des corps des vertèbres. Entre deux corps de vertèbres voisins, ce tissu donne naissance à un appareil intervertébral, appelé ligament intervertébral ou disque intervertébral (fig. 105).

En même temps que se produisent ces différenciations, la corde dorsale subit aussi des transformations. Dans les points de son étendue où elle se trouve à l’intérieur des ébauches des corps des vertèbres, elle s’amincit progressivement. Ce rétrécissement de son diamètre est déterminé à la fois par l’accroissement en longueur de la colonne vertébrale et par la pénétration progressive du cartilage. La corde dorsale finit par disparaître complètement au niveau des corps des vertèbres. Dans les espaces intervertébraux, au contraire, non seulement elle persiste, mais elle continue même à s’accroître (fig. 105). A la fin elle donne naissance à un corps qui occupe le centre du disque intervertébral et que l’on désigne sous le nom de noyau gélatineux.

Le corps de la vertèbre délimite avec son arc un espace, appelé trou vertébral (foramen vertebrale). Les trous vertébraux des différentes vertèbres, en se juxtaposant, forment un canal, étendu dans toute la longueur de la colonne vertébrale et désigné sous le nom de canal spinal (canalis spinalis). La paroi antérieure de ce canal est formée par la série des corps des vertèbres ; ses parois latérales et sa paroi postérieure sont formées par les arcs vertébraux.

Des arcs vertébraux naissent des prolongements dans différentes directions. Les uns servent à des insertions musculaires et sont, pour ce motif, appelés apophyses musculaires. Les autres servent à des articulations : ce sont les apophyses articulaires. Sur la ligne médio-dorsale se forme, à chaque vertèbre, une apophyse épineuse (pr. spin). Latéralement, de chaque côté de l’arc vertébral, une apophyse transverse (proc. transv., pr.tr.) procède du point d’origine de l’arc. Dans le voisinage de l’apophyse transverse, il se forme de chaque côté de la ligne médiane, tant au-dessus qu’au-dessous de l’apophyse transverse, des apophyses, qui s’articulent, à l’aide de surfaces articulaires, avec des apophyses correspondantes des vertèbres voisines : ce sont les apophyses obliques ou articulaires. Les apophyses articulaires supérieures d’une vertèbre quelconque s’articulent avec les apophyses articulaires inférieures (pr. art. inf.) de la vertèbre précédente tandis que ses apophyses articulaires inférieures s’articulent avec les apophyses articulaires supérieures de la vertèbre suivante.

Voir également  Les différents groupes de vertèbres

L’ossification de J’ébauche cartilagineuse de la vertèbre se fait en trois points.

Un point d’ossification, généralement pair. apparaît à l’intérieur du corps de la vertèbre. Il se forme en outre, de chaque côté de la ligne médiane, un autre point d’ossification, à la racine de l’arc vertébral. Ce point d’ossification donne naissance non seulement à une partie du corps de la vertèbre, mais aussi à la moitié correspondante de l’arc vertébral ainsi qu’à ses apophyses.

Chez le nouveau-né les arcs vertébraux ne sont pas encore complètement ossifiés.

Les apophyses sont aussi en grande partie cartilagineuses : leurs extrémités sont encore cartilagineuses. De huit à quinze ans il apparaît dans ces restes cartilagineux de petits points d’ossification, qui se synostosent avec la vertèbre entre seize et vingt-cinq ans.

C’est aux mêmes époques de la vie que se forment et se fusionnent les noyaux osseux accessoires des apophyses articulaires ainsi que les lames osseuses des épiphyses, c’est-à-dire des extrémités supérieure et inférieure du corps de la vertèbre.

Il faut ajouter encore quelques autres points d’ossification accessoires, de moindre importance, et qui finissent aussi par se synostoser.

L’arc vertébral étant à sa racine, c’est-à-dire à son origine du corps de la vertèbre, moins haut que ce dernier, il en résulte la formation, entre les racines des arcs de deux vertèbres voisines, d’un orifice, qui conduit dans le canal spinal : on désigne cet orifice sous le nom de trou intervertébral. (Voir fig. 115.) En avant, ce trou est plus ou moins délimité par les corps des deux vertèbres, par lesquelles il est formé ; en haut, en bas et en arrière, il est délimité par les arcs vertébraux; ces derniers présentent à cet effet, supérieurement et inférieurement, à leur origine, une échancrure, qui aboutit à l’apophyse articulaire correspondante. On leur donne les noms <ï échancrure vertébrale supérieure et échancrure vertébrale inférieure.

Les faces supérieure et inférieure du corps de la vertèbre, en contact immédiat avec le disque intervertébral, sont pourvues l’une et l’autre d’un mince revêtement cartilagineux. La face postérieure du corps de la vertèbre, qui délimite le canal spinal, ainsi que sa face antérieure et ses faces latérales, présentent, indépendamment de rugosités peu importantes, de nombreux orifices, qui donnent passage à des vaisseaux sanguins. La majeure partie du corps de la vertèbre est formée, à l’intérieur, par dé la substance spongieuse (fig. 124), parcourue par un réseau veineux. La couche superficielle de substance compacte est mince, sauf à la racine de l’arc vertébral, où elle est plus puissante.

Les vertèbres, qui sont appliquées les unes contre les autres pour former la colonne vertébrale, présentent de nombreuses particularités de structure dans les différentes régions du corps. Ces particularités sont dues à l’adaptation de la constitution de ces organes à la fonction qu’ils accomplissent dans les différentes régions. La colonne vertébrale est différenciée en plusieurs parties, comprenant chacune plusieurs vertèbres. Il y a lieu de distinguer à la colonne : une région cervicale, formée par sept vertèbres; une région thoracique, comprenant douze vertèbres ; une région lombaire, qui en comporte cinq ; une région sacrée formée par cinq vertèbres et une région caudale, comprenant quatre à six vertèbres (fig. 108).

Voir également  DE LA FORME DES OS

 

On désigne les vertèbres, selon la région à laquelle elles appartiennent, sous les noms de vertèbres cervicales, thoraciques, lombaires, sacrées et caudales.

La division de la colonne vertébrale en ces diverses régions parait dépendre avant tout de ses rapports avec les membres. Voici comment on peut l’expliquer. Les membres supérieurs sont en rapport avec la région thoracique de la colonne. Or, pour que leur musculature pût prendre plus d’extension, ce qui était nécessaire pour donner plus de liberté à leurs mouvements, il fallait que les muscles des membres eussent une surface d’origine plus considérable. C’est pourquoi les côtes ont persisté dans la région thoracique de la colonne. En effet, grâce à leur union sur la ligne médiane en un sternum, les côtes

forment la cage thoracique ou le thorax, qui offre aux muscles des membres une surface d’insertion solide.

Les membres inférieurs, plus éloignés du thorax et fixés à la colonne vertébrale beaucoup plus bas, affectent avec elle d’autres rapports. La ceinture des membres inférieurs est articulée avec la colonne vertébrale. Elle constitue le bassin et cette articulation n’est pas mobile, contrairement à ce qui existe pour la ceinture de l’épaule, qui jouit d’une très grande mobilité. C’est pour ce motif que les vertèbres situées en avant et en arrière du point de fixation du bassin n’ont pas de côtes bien développées. De même que dans sa partie supérieure la colonne vertébrale s’est différenciée pour constituer le thorax, de même aussi, dans sa partie inférieure, elle s’est différenciée d’une autre manière au niveau de l’insertion du bassin. Ces différenciations ont exercé une influence sur les autres régions du squelette axial.

La partie de la colonne vertébrale située au-dessus du thorax est la région cervicale ; celle qui est comprise entre le thorax et le bassin constitue la région lombaire.

L’ensemble des vertèbres qui supportent le bassin forme la région sacrée et la dernière partie de la colonne constitue la région caudale : les vertèbres de cette dernière région sont toutes atrophiées. Nous dérivons de la sorte la différenciation de la colonne vertébrale en ses différentes régions, non pas des rapports du squelette du tronc avec les organes internes et principalement avec les viscères de la cavité thoracique, mais de ses rapports avec la disposition et les fonctions des membres. Les fonctions qu’accomplissent les diverses régions de la colonne vertébrale sont accompagnées d’une transformation différente des vertèbres de ces régions, de telle sorte que la plupart des particularités caractéristiques des vertèbres d’une région déterminée peuvent déjà se reconnaître dans les vertèbres qui les précèdent immédiatement et sont encore plus ou moins marquées dans celles qui leur font immédiatement suite. Les diverses régions de la colonne vertébrale présentent donc à leurs limites des vertèbres de transition. Cela résulte de l’identité primitive de toutes les vertèbres, identité qui existe encore en grande partie chez le nouveau-né, où les dimensions des vertèbres des diverses régions présentent beaucoup moins de différence que chez l’adulte. La différenciation des différentes régions de la colonne s’accomplit donc en grande partie après la naissance.

Voir également  Articulations métatarso-phalangiennes et phalangiennes