Tissu de la substance conjonctive

 

Ce qui caractérise essentiellement ce tissu, c’est l’existence d’une substance intercellulaire, séparant entre elles les cellules indifférentes. Cette substance est généralement plus développée que les cellules ; elle forme la masse principale du tissu (fig. 57) ; de là le nom de substance fondamentale qu’on lui donne fréquemment. C’est elle qui joue le rôle principal dans l’accomplissement de la fonction du tissu. Les éléments constitutifs cellulaires du tissu ne jouent un rôle important que dans la formation et la nutrition de cette substance intercellulaire. Ils se comportent, au point de vue physiologique, comme des cellules indifférentes, tandis que la substance fondamentale éprouve, en vue de la fonction que le tissu a à remplir, des modifications diverses, qui déterminent les caractères essentiels de chacune des formes sous lesquelles se présente le tissu de la substance conjonctive.

Ce tissu diffère donc essentiellement du tissu épithélial. Chez ce dernier, en effet, la substance intercellulaire n’a qu’une importance secondaire; la partie essentielle du tissu est formée par des cellules, qui affectent les formes les plus diverses et présentent même de grandes variations dans leur structure intime (cellules glandulaires). La différence de texture de ces deux formes de tissu est en rapport précisément avec la différence de leurs fonctions dans l’organisme. Dans le tissu épithélial, ce sont les cellules qui accomplissent la fonction; dans le tissu de la substance conjonctive, avec la différenciation du protoplasme cellulaire indifférent en substance intercellulaire différenciée, la fonction du tissu s’est modifiée complètement. La substance intercellulaire différenciée sert principalement d’organe de soutien pour les autres tissus entrant dans la composition des organes.

Le tissu de la substance conjonctive intervient pour une part importante dans la constitution du corps. C’est sur lui que reposent tous les organes épithéliaux; il forme la charpente de tous les canaux, dans lesquels circulent les liquides nourriciers; il unit les éléments constitutifs du tissu musculaire et du tissu nerveux avec les différents organes du corps ; enfin c’est lui qui forme le squelette, et c’est là que sa fonction atteint le plus haut degré de perfectionnement. Les caractères des diverses formes qu’affecte le tissu de la substance conjonctive sont déterminés par la structure de la substance fondamentale. Il y a lieu de distinguer : le tissu conjonctif cellulaire, le tissu conjonctif proprement dit, le tissu cartilagineux, et le tissu osseux. Ce sont autant de formes différentes du tissu de la substance conjonctive.

C’est VIRCHOW qui, le premier, a exprimé les liens de parenté qui existent entre ces divers tissus de soutien, en les réunissant sous le nom de tissu de la substance conjonctive. Cette catégorie de tissus fut de la sorte nettement caractérisée et distinguée des autres tissus du corps. Par sa genèse, le tissu de la substance conjonctive est un des plus anciens tissus. Il apparaît immédiatement après le tissu épithélial, tant ontogéniquement que phylogéniquement. Ses relations de parenté avec le tissu épithélial ne dépendent pas seulement de ce qu’il tire son origine de formations épithéliales primitives (feuillets germinatifs), mais aussi de diverses particularités que présente son histogenèse. Des organes épithéliaux de diverses natures donnent naissance à des tissus de la substance conjonctive. Ainsi, l’émail des dents provient d’une ébauche épithéliale, l’organe de l’émail; c’est chez les animaux inférieurs que cette transformation d’organes épithéliaux en tissu conjonctif est la plus répandue. On trouve une transition dans la formation des organes cuticulaires dans le tissu épithélial, ainsi que dans l’apparition, entre les cellules de ce tissu, d’une substance unissante intermédiaire (p. 86). Etant données ces relations de parenté entre le tissu épithélial et le tissu de la substance conjonctive, il n’y a rien d’étonnant à voir se former aux dépens des éléments constitutifs du tissu conjonctif des formations épithéliales, dans le sens que nous avons donné précédemment à ces dernières, c’est-à-dire des couches continues de cellules aplaties délimitant des cavités. Ces particularités n’empêchent nullement de maintenir la distinction entre ces deux catégories de tissus. Il y a, à coup sûr, des cas où il est difficile de décider si un tissu appartient à l’une ou à l’autre de ces deux catégories ; mais cela prouve seulement qu’il existe entre elles des liens de parenté, et cela n’ébranle nullement la netteté de la définition de l’un et de l’autre de ces tissus.