Structure des articulations

 

L’étude que nous avons faite du développement des articulations nous a appris à connaître les traits essentiels de leur organisation. Les différentes parties dont se constituent les articulations, c’est-à-dire les extrémités articulaires des os et leur revêtement cartilagineux, les cavités et les capsules articulaires ainsi que leurs parties accessoires, présentent des variations diverses que nous devons étudier maintenant.

Le cartilage articulaire est le revêtement des extrémités articulaires des os. Il consiste en une couche de cartilage d’épaisseur variable, qui s’amincit progressivement vers la périphérie. Dans sa partie profonde qui avoisine immédiatement l’os, le cartilage, naguère hyalin, présente des portions incomplètement ossifiées ou seulement calcifiées. Vers la surface ses cellules deviennent plus petites et ne sont plus réunies en groupes, comme c’est le cas dans ses parties profondes, où elles forment des groupes disposés longitudinalement : elles sont plus aplaties et plus serrées les unes contre les autres. Les cartilages articulaires représentent les surfaces de contact des extrémités articulaires des os. La conformation des extrémités articulaires de deux os articulés entre eux est généralement différente dans les deux os.

En général, elles présentent des formes correspondantes : on dit alors que les deux surfaces articulaires sont correspondantes. L’une d’entre elles est alors généralement concave et appelée cavité de réception, tandis que l’autre est convexe et désignée sous le nom de tête articulaire. La cavité de réception est très fréquemment agrandie par des éléments qui ne sont pas cartilagineux. Son bord est alors entouré d’un anneau fibro-cartilagineux, appelé encore bourrelet marginal.

Cet anneau peut être séparé de la cavité de réception par un sillon, auquel cas le bord interne du bourrelet fait saillie dans la cavité articulaire, ou bien ce sillon n’existe pas, et la face superficielle de l’anneau fibro-cartilagineux se continue insensiblement avec la surface, encroûtée de cartilage, de la cavité de réception. Tantôt le bourrelet marginal est entouré par la capsule et il est alors uni en dedans avec l’extrémité articulaire, tantôt au contraire il est soudé à la capsule.

La cavité articulaire peut être réduite à l’espace qui sépare les surfaces articulaires encroûtées de cartilage, espace qui est nécessairement très restreint, quand il existe entre ces surfaces une correspondance parfaite. Dans d’autres cas, elle s’étend en dehors et au-dessus des surfaces articulaires : alors, une partie, non encroûtée de cartilage, de l’extrémité de l’un des deux os ou des deux os à la fois se trouve comprise dans la cavité articulaire (fig. 103). La forme spéciale de la cavité articulaire résulte de la forme spéciale et de l’extension des surfaces articulaires ainsi que de l’appareil qui la délimite extérieurement.

Pour ce qui regarde les rapports des bourses synoviales avec la cavité articulaire, voir page 149. L’on a dans ces derniers temps cherché à considérer les cavités articulaires et les bourses synoviales comme des « cavités séreuses ». On les réunissait ainsi au cœlome et à ses dérivés. Cette manière de voir n’est soutenable ni morphologiquement ni physiologiquement.

La capsule articulaire, encore appelée ligament capsulaire, unit les deux os qui interviennent dans l’articulation. Elle s’étend du périoste de l’un des os au périoste de l’autre os. Elle est principalement formée par du tissu conjonctif condensé ; de là le nom de capsule fibreuse qu’on lui donne fréquemment. Elle acquiert en certains points de son étendue une épaisseur plus considérable. Elle est plus ou moins rigide ou plus ou moins lâche selon le degré de mobilité de l’articulation. Sa constitution varie avec la nature des mouvements que peut opérer l’articulation.

Voir également  Articulations de la main

Le tissu fibreux de la capsule articulaire se continue en dedans avec une couche de tissu plus lâche, renfermant de nombreux vaisseaux sanguins et constituant la membrane synoviale. Cette dernière est revêtue sur sa face libre par une rangée ordinairement unique de cellules très aplaties de nature conjonctive. La membrane synoviale se continue également sur les parties de l’os situées en dehors du cartilage articulaire et que nous avons dit intervenir parfois dans l’articulation. Mais elle se termine toujours au bord libre du cartilage articulaire, auquel elle s’insère. Elle ne tapisse donc jamais le cartilage articulaire. La membrane synoviale est formée en réalité par deux couches mal délimitées.

La synovie qu’elle sécrète ne se forme généralement qu’en petite quantité. Elle sert à lubrifier les surfaces articulaires et joue un rôle important en facilitant le glissement des surfaces articulaires. On trouve généralement des prolongements ou franges synoviales unis à la capsule. Tantôt ils sont isolés, tantôt ils sont disposés par groupes ou par séries: leur disposition est d’ailleurs très variable. Ces prolongements synoviaux renferment des réseaux capillaires. Les plus grands d’entre eux sont parfois très ramifiés et leur réseau sanguin est très développé. Parfois ils constituent des replis. Dans certains cas, ces replis acquièrent une étendue notable et contiennent des masses de graisse parfois considérables : on les désigne alors sous le nom de replis synoviaux adipeux.

Ils servent alors à combler certaines parties de la cavité articulaire, et sont en rapport avec la conformation des surfaces articulaires. Ce sont donc des organes qui se sont adaptés au mécanisme de l’articulation. Les ménisques et les cartilages interarticulaires ont une valeur mécanique plus immédiate. Ils augmentent en général le pouvoir fonctionnel de l’articulation, en lui permettant d’exécuter une plus grande diversité de mouvements.

Les ligaments auxiliaires (ligamenta accessoria) servent, d’une part, à établir une union plus intime entre les os qui s’articulent ; ils jouent, d’autre part un rôle spécial dans le mécanisme de l’articulation. C’est ainsi qu’ils déterminent fréquemment la direction du mouvement et complètent alors, surtout sous la forme de cordons ou ligaments latéraux, des dispositions déjà en partie réalisées par le relief articulaire des parties squelettiques. Tantôt ils empêchent des mouvements de latéralité, tantôt ils diminuent la valeur de l’excursion d’un mouvement. Dans l’un comme dans l’autre cas, ils servent de ligaments d’arrêt.

En s’épaississant notablement dans le voisinage de son insertion à l’os, la capsule articulaire peut servir à agrandir la surface articulaire, qui généralement alors est concave. Sa texture est, dans ce cas, adaptée à sa nouvelle fonction : elle est plus résistante et sa face interne est lisse.

La structure de l’articulation subit encore d’autres complications en rapport avec le système musculaire. Certains muscles, appliqués contre l’articulation et insérés dans le voisinage immédiat de cette dernière, contractent des adhérences avec la capsule articulaire. Tantôt une partie du muscle pénètre directement dans la capsule, tantôt une partie du tendon terminal du muscle s’engage dans la capsule. On trouve même parfois une branche spéciale du tendon affectée à cette fonction. L’on voit aussi des points d’origine de certains muscles s’unir à la capsule articulaire, ou bien enfin des tendons interviennent dans la constitution de la capsule articulaire et contribuent ainsi à délimiter la cavité articulaire. Il existe dans toutes les grandes articulations de semblables connexions entre la musculature et la capsule articulaire. Elles prennent une part active au mécanisme de l’articulation. L’action exercée par ces muscles est toujours telle que la capsule se relâche dans la région occupée par eux ou par leurs tendons. Grâce à cette union, le muscle ou son tendon détermine une extension locale de la capsule. Elle intervient de la sorte dans la production du mouvement de l’articulation, attendu qu’elle aide la capsule à prendre une forme en harmonie avec la position de l’os qui se meut. On trouve également des épaississements de la capsule articulaire déterminés par les tendons qui s’y unissent. Enfin, ces unions de la capsule avec le système musculaire engendrent des modifications de la cavité articulaire elle-même. Cette cavité envoie des diverticules au-dessous des tendons qui aboutissent à la capsule ou qui en partent. Il se produit aussi fréquemment des bourses muqueuses en communication avec la cavité articulaire : elles se forment comme cette dernière à la suite de l’extension mécanique du tissu intersticiel. Elles peuvent être plus ou moins complètement engagées dans la cavité articulaire et forment alors des cavités accessoires de cette dernière.

Voir également  Articulations carpo-métacarpiennes

Il existe d’habitude autour de l’articulation de nombreux vaisseaux artériels. En général ce sont des troncs ou des rameaux provenant d’artères différentes, et s’anastomosant entre eux en un réseau (rete articulare), qui est développé en dehors de la capsule articulaire, autour de l’articulation. L’on a aussi signalé l’existence de nerfs dans l’appareil ligamenteux des articulations (RUDINGEK). Le glissement des parties squelettiques dans l’articulation s’opère sous l’action de plusieurs facteurs : l’appareil ligamenteux, l’adhésion des surfaces articulaires et surtout la pression atmosphérique. C’est cette dernière qui joue le rôle le plus important, surtout quand le ligament capsulaire est lâche dans toute son étendue. Il n’est pas difficile, pour un certain nombre d’articulations, de démontrer le rôle que joue la pression atmosphérique dans le glissement des surfaces articulaires.