Muscles abdominaux obliques et transversaux (muscles larges de l’abdomen)

 

M. OBLIQUE EXTERNE DE L ABDOMEN OU GRAND OBLIQUE (m. obliquus abdominis externus) (fig. 279). C’est le plus superficiel des muscles larges de l’abdomen. Ses fibres sont dirigées de haut en bas et d’arrière en avant : de là le nom de muscle oblique descendant(m. obliquus descendens) qu’on lui a donné. Il naît, à l’aide de sept ou huit languettes, de la face externe de sept ou huit côtes. Ses quatre languettes supérieures s’engrènent avec les languettes inférieures d’origine du m. grand dentelé, tandis que ses languettes inférieures alternent avec des languettes d’origine du m. grand dorsal. La série de ses origines forme une ligne oblique dirigée en bas et en arrière et s’étendant jusqu’à la dernière côte sur la partie inférieure de la paroi antérieure du thorax. Le corps musculaire, large, ainsi formé, recouvre en haut et en avant une partie de la paroi du thorax, tandis que, en arrière, il se rend directement à la paroi abdominale. Les fibres les plus postérieures, qui naissent du sommet de la dernière côte, se portent verticalement en bas jusqu’à la crête iliaque. Les fibres voisines prennent peu à peu une direction oblique, que conservent la plupart des faisceaux du restant du muscle. Dans sa partie supérieure le corps du muscle se continue avec le bord externe du m. grand droit; plus bas, il s’en écarte progressivement suivant une ligne oblique et va se perdre dans son large tendon terminal. La ligne suivant laquelle les faisceaux charnus du muscle se continuent avec son tendon terminal décrit, à partir de l’épine iliaque antérieure et supérieure, un trajet arciforme et arrive jusqu’à l’origine de la crête iliaque, à la lèvre externe de laquelle s’insère le court tendon de la partie postérieure du muscle.

Le large tendon terminal, c’est-à-dire l’aponévrose du m. grand oblique, descend sur le muscle grand droit de l’abdomen et sert à former la paroi antérieure de la gaine fibreuse de ce muscle. Elle va se perdre dans la ligne blanche. Cette aponévrose présente des fibres tendineuses obliques, qui suivent la même direction que les fibres musculaires et qui sont entre-croisées par d’autres fibres tendineuses. Les premières se dirigent vers l’extrémité inférieure de l’aponévrose et constituent un cordon tendineux oblique. Ce cordon rigide s’étend de l’épine iliaque antérieure et supérieure au tubercule ilio-pubien et constitue l’ARCADE CRURALE ou ligament de Fallope ou encore ligament de Poupart (fig. 232). Une partie des fibres de l’arcade crurale n’arrivent pas jusqu’au tubercule ilio-pubien, mais se détachent sous forme d’une lame horizontale, triangulaire, qui aboutit à l’extrémité interne de la crête pectinéale : c’est le LIGAMENT DE GIMBERNAT (2) (fig. 232).

Immédiatement en avant du point où le ligament de Gimbernat quitte l’arcade crurale, l’aponévrose du grand oblique est traversée par une fente ovalaire, dirigée obliquement. Cette fente, qui est peu développée chez la femme, est plus considérable chez l’homme. C’est l’ANNEAU INGUINAL EXTERNE (annulus inguinalis externus) (fig. 279).Cet orifice est formé par écartement des fibres tendineuses de l’aponévrose, qui sont obliquement dirigées vers le bas.

A l’angle externe et supérieur de l’anneau inguinal externe, des faisceaux fibreux abandonnent la direction qu’ils avaient suivie jusque-là et se portent obliquement vers le haut, tandis que d’autres vont directement vers le bas jusqu’à l’extrémité interne de l’arcade crurale. Les premiers (branche supérieure, crus superius) forment, au moins partiellement, le bord supérieur de l’anneau inguinal externe; les inférieurs (branche inférieure, crus inferius) en constituent le bord inférieur. Cet anneau inguinal externe est l’entrée du canal inguinal, qui traverse obliquement la paroi abdominale et par lequel passe, chez l’homme, le cordon spermatique, et chez la femme le ligament rond de l’utérus.

Les fibres de l’aponévrose du muscle grand oblique qui se rendent à la ligne blanche, s’entre-croisent surtout très nettement à l’extrémité inférieure de cette ligne. Les fibres qui descendent de la branche supérieure de l’anneau inguinal externe jusqu’à la ligne blanche se prolongent au-dessus de la symphyse du pubis jusqu’au dos de la verge et servent à former le ligament suspenseur du pénis. L’arcade crurale se distingue bien, à travers la paroi abdominale, comme une saillie en forme de bandelette. Son trajet n’est pas absolument rectiligne; l’arcade crurale est un peu recourbée en bas et en avant.

Par la direction de ses fibres, le muscle grand oblique correspond aux intercostaux externes. S’il ne fait pas immédiatement suite à ces derniers, mais recouvre en partie la paroi thoracique, c’est qu’il a subi une modification secondaire, son origine s’étant étendue à la face externe des côtes. Il a perdu ses connexions immédiates avec les muscles intercostaux externes, pendant que s’accomplissait l’atrophie des parties antérieures des intercostaux externes et pendant que les cartilages costaux des huitième, neuvième et dixième côtes s’unissaient à ceux des côtes précédentes.

Voir également  Aponévrose dorsale des doigts

La partie postérieure du muscle qui s’insère à la crête iliaque est souvent séparée de l’origine iliaque du muscle grand dorsal par un espace, à travers lequel apparaît le muscle petit oblique. On donne à cet espace le nom de Trigone de Petit (Trigonum Petiti) .C’est un triangle, dont la base est formée par la crête iliaque. L’existence du trigone de Petit est due à un développement moindre de l’origine iliaque du muscle grand dorsal, qui recouvre généralement encore le bord postérieur du muscle grand oblique de l’abdomen.

M. PETIT OBLIQUE OU OBLIQUE INTERNE DE L’ABDOMEN (m. obliquus abdominis internus) (fig. 280). Ce muscle est presque entièrement recouvert par le m. grand oblique. La plupart de ses fibres suivent une direction oblique de bas en haut : de là le nom de m. oblique ascendant (m. oblique ascendens) qu’on lui donne souvent. Il prend son origine à la lèvre moyenne de la crête iliaque, depuis l’extrémité de la ligne courbe supérieure de l’os iliaque en arrière, jusqu’à l’épine iliaque antérieure et supérieure en avant. Il prend encore origine: en arrière, dans le feuillet profond du fascia dorso-lombaire ;en avant, dans la moitié externe de l’arcade crurale. Ses fibres postérieures se dirigent presque verticalement en haut jusqu’à l’extrémité cartilagineuse de la dernière cote. Les suivantes se dirigent obliquement jusqu’aux cartilages costaux de la onzième et même de la dixième côte. Les fibres plus antérieures encore suivent un trajet plus oblique; celles qui proviennent du voisinage de l’épine iliaque sont dirigées à peu près transversalement. Enfin, les faisceaux qui partent de l’arcade crurale suivent une direction oblique en bas et en dedans. La continuité du corps musculaire avec son large tendon terminal commence généralement au niveau du cartilage costal de la onzième ou de la dixième côte. Dans le premier cas, le tendon terminal se porte encore un peu en avant. La ligne suivant laquelle se fait cette continuité est dirigée verticalement en bas et se trouve à une certaine distance du bord externe du muscle grand droit de l’abdomen. Le muscle petit oblique non seulement correspond par la direction de ses fibres aux muscles intercostaux internes, mais assez souvent il se continue même directement avec eux. Lorsque le muscle petit oblique se prolonge plus en avant, de telle sorte que l’extrémité antérieure du dernier et même celle de l’avant dernier espace intercostal n’arrivent pas jusqu’à l’aponévrose du muscle, alors les intercostaux internes correspondants se mettent en continuité immédiate avec lui (fig. 280). L’extrémité du onzième cartilage costal se prolonge alors fréquemment, à l’intérieur du muscle, en une intersection tendineuse, ou bien le muscle renferme une tigelle cartilagineuse, qui n’est autre chose qu’un fragment du prolongement du onzième cartilage costal .

L’aponévrose du m. petit oblique est insérée en haut à l’arc costal. Elle arrive au bord externe du m. grand droit et s’y divise en une lamelle antérieure et une lamelle postérieure. La lamelle antérieure s’unit à l’aponévrose du m. grand oblique pour former la paroi antérieure de la gaine fibreuse du m. grand droit. La lamelle postérieure passe en arrière de ce dernier et sert à former la paroi postérieure de cette gaine fibreuse. Elle ne s’étend pas aussi bas que la lamelle antérieure ; mais elle s’arrête plutôt suivant une ligne horizontale ou légèrement concave vers le bas. Cette ligne, à laquelle on donne le nom de ligne ou pli de Douglas, est située au-dessous de l’ombilic et représente le bord inférieur de la paroi postérieure de la gaine fibreuse du m. grand droit, laquelle est formée par les aponévroses des muscles larges de l’abdomen (fig. 281). Sur la ligne médiane les deux lamelles s’unissent à la ligne blanche.

Les faisceaux musculaires inférieurs, qui naissent de l’arcade crurale, s’écartent les uns des autres et passent en partie chez l’homme sur le cordon spermatique. Ils descendent avec lui jusqu’au testicule, sur la tunique externe duquel ils décrivent des anses. Cette partie du petit oblique constitue donc un muscle spécial : le M.CRÉMASTER ou muscle suspenseur du testicule. Une partie des faisceaux musculaires disposés en anses se réfléchissent vers le haut et vont se terminer dans des faisceaux tendineux. Des fibres correspondant au crémaster de l’homme passent, chez la femme, du m. petit oblique sur le ligament rond de l’utérus. La ligne de Douglas est souvent peu nette et se trouve alors représentée par des faisceaux fibreux isolés.

Voir également  Muscles des paupières

M. TRANSVERSE DE L ABDOMEN (m. transversus abdominis) (fig. 281). Il est situé au-dessous du petit oblique et est caractérisé par la direction transversale de ses fibres. C’est le prolongement abdominal du m. triangulaire du sternum que nous avons décrit plus haut et dont il n’est séparé que par des faisceaux d’origine du diaphragme. Comme le triangulaire du sternum, il naît de la face interne des cartilages costaux. Il prend ses origines aux six derniers cartilages costaux ainsi qu’au feuillet profond du fascia dorso-lombaire, ce qui le met en relation avec les apophyses transverses des vertèbres lombaires. Enfin il naît encore de la lèvre interne de la crête iliaque ainsi que des deux tiers externes de l’arcade crurale. Le corps charnu du muscle se continue avec son tendon aponévrotique terminal suivant une ligne courbe à concavité interne. On désigne cette ligne sous le nom de ligne de Spieghel Son aponévrose, qui commence à la ligne de Spieghel, présente à con- sidérer une partie supérieure et une partie inférieure, dont les rapports avec le m. grand droit de l’abdomen sont différents. La partie supérieure de l’aponévrose du m. transverse sert à former la paroi postérieure de la gaine fibreuse du m. grand droit, à la formation de laquelle participent également les languettes musculaires du transverse qui proviennent des septième, huitième et neuvième côtes. Cette partie de l’aponévrose du m. transverse se fusionne avec la lamelle postérieure de l’aponévrose du petit oblique. La lame aponévrotique ainsi formée se termine inférieurement, en décrivant un arc à concavité inférieure et dont le bord est plus ou moins tranchant; cet arc est la ligne de Douglas. La partie inférieure de l’aponévrose du m. transverse s’unit à la lamelle antérieure de l’aponévrose du petit oblique et entre avec elle dans la composition de la paroi antérieure de la gaine fibreuse du m. grand droit. Les origines costales du muscle alternent avec des faisceaux d’origine du diaphragme. Ses faisceaux d’origine inférieurs, qui proviennent de l’arcade crurale, sont intimement unis aux faisceaux inférieurs du m. petit oblique et s’infléchissent avec une partie de ces derniers pour former un arc, au-dessous duquel passe le cordon spermatique ou le ligament rond de l’utérus. Du côté de la ligne médiane ces faisceaux vont s’insérer inférieurement, au moyen d’un tendon, à la symphyse pubienne.

La face interne du m. transverse est recouverte par le FASCIA TRANSVERSALIS (fascia transversa), qui est tapissé par le péritoine .Ce fascia se prolonge inférieurement, au-dessous de la ligne de Douglas jusqu’au pubis et forme ici avec le péritoine la seule partie constitutive de la paroi postérieure de la gaine fibreuse du muscle grand droit. L’ensemble de cette GAINE FIBREUSE DU MUSCLE GRAND DROIT présente donc une constitution très différente, selon qu’on l’examine au-dessus ou au-dessous de la ligne de Douglas.

AU-DESSUS DE LA LIGNE DE DOUGLAS (fig. 282, A), la paroi antérieure de la gaine fibreuse est formée : par l’aponévrose du m. grand oblique de l’abdomen; par la lamelle antérieure de l’aponévrose du petit oblique. Sa paroi postérieure est formée : par la lamelle postérieure de l’aponévrose du petit oblique; par la partie supérieure de l’aponévrose du m. transverse de l’abdomen, ainsi que par la partie supérieure du corps charnu de ce muscle.

AU-DESSOUS DE LA LIGNE DE DOUGLAS (fig. 282, B), nous trouvons la paroi antérieure de la gaine formée : par l’aponévrose du grand oblique; par la lamelle antérieure de l’aponévrose du petit oblique; par la partie inférieure de l’aponévrose du m. transverse. Ces diverses aponévroses sont intimement unies les unes aux autres. La partie inférieure de l’aponévrose du transverse, qui se fusionne avec la lamelle antérieure de l’aponévrose du petit oblique, n’est représentée que par des faisceaux tendineux très courts.

Voir également  Muscles de la main

Les muscles abdominaux antérieurs sont associés dans leur action. Ils déterminent ce que l’on appelle la presse abdominale (prelum abdominale). Pendant que ces muscles agissent simultanément, le diaphragme augmente encore la presse abdominale. Mais il ne reste cependant pas à l’état de contraction continue; il se trouve seulement, après une inspiration, maintenu dans sa position profonde. Il ne peut donc être question de considérer cette intervention du diaphragme pendant la presse abdominale comme constituant une simple action associée à celle des muscles abdominaux antérieurs. Dans la gaine du muscle grand droit, les diverses aponévroses ne sont pas simplement juxtaposées ; elles sont soudées si intimement qu’il n’est pas possible de les séparer même artificiellement .Non seulement les différentes lamelles aponevrotiques qui composent cette gaine sont fusionnées intimement, mais leurs fibres sont même partiellement entrelacées.

Les dispositions réciproques des aponévroses qui composent la gaine fibreuse du m. grand droit ont été interprétées de différentes manières; mais, à notre avis, aucune de ces interprétations n’est entièrement satisfaisante. Si l’on étudie chez le nouveau-né la partie de la face postérieure de la paroi abdominale située au-dessous de la ligne de Douglas, c’est -à-dire cette partie qui, chez l’adulte, ne présente pas de lame aponévrotique intervenant dans la constitution de la gaine du muscle droit, on y trouve la vessie, qui ne descend que plus tard dans la cavité du petit bassin. La vessie y est unie à la paroi abdominale antérieure et est complètement vide. Ce rapport de cet organe avec la paroi abdominale disparaît progressivement plus tard; il ne persiste que dans certaines circonstances, lorsque, par une cause exceptionnelle, la vessie se trouve dans un état de réplétion excessif et arrive ainsi à se relever jusqu’à la ligne de Douglas, qui plus tard est située beaucoup plus haut qu’elle ne l’est chez le nouvéau-né (HYRTL, Uber das Cavum praeperitonale. Sitzungsberichte der Wiener Acad. Math. naturw Classe, t. XXIX). L’on ne peut considérer cette situation accidentelle de la vessie comme étant la cause de l’absence de la gaine fibreuse dans cette partie de la paroi abdominale, attendu que normalement la vessie ne s’étend jamais jusque là. Cette cause, nous devons la chercher dans la situation occupée par la vessie à un stade plus reculé du développement, où la vessie se trouve jusqu’à un certain point dans la paroi abdominale antérieure. Au niveau de la place qu’elle occupe, le tendon du muscle transverse est uni au feuillet antérieur du tendon terminal du muscle petit oblique, dont le feuillet postérieur fait défaut en cet endroit. Lorsque plus tard cette ligne limite est plus nettement marquée, elle affecte des relations avec les vaisseaux épigastriques, qui se ramifient au-dessous d’elle jusqu’au muscle grand droit.