La colonne vertébrale dans son ensemble

 

 

De même que la différenciation de la colonne vertébrale en ses grandes régions a été déterminée par des causes extérieures, de même aussi la conformation qu’elle offre dans son ensemble, quand elle a atteint son complet développement, est le résultat de circonstances extérieures. A un stade reculé du développement embryonnaire, la colonne vertébrale présente une simple convexité dorsale et une concavité ventrale. Cette disposition est due au peu de développement en longueur des parties ventrales du corps. Plus tard, la courbure devient moindre : l’axe de la colonne vertébrale est plus rectiligne. C’est chez le nouveau né que l’on trouve pour la première fois indiquées les diverses inflexions ou courbures, qui sont si bien exprimées plus tard. On doit les considérer comme des dispositions héritées, attendu que les circonstances mécaniques, qui les accentuent davantage et qui très probablement ont été la cause déterminante de leur première apparition chez des ancêtres éloignés, n’exercent leur action qu’après la naissance. La plus importante de ces courbures siège à l’union de la dernière vertèbre lombaire avec la première vertèbre sacrée : elle constitue le promontoire (fig. 127, p). Chez le nouveau-né elle existe déjà, mais n’est que faiblement exprimée. Elle fait complètement défaut chez une foule de mammifères et elle est même peu développée chez les anthropoïdes. C’est chez l’homme qu’elle a atteint son maximum de développement, grâce à la station verticale du corps. La région sacrée de la colonne vertébrale a conservé presque entièrement sa position primitive, à cause de son union avec le bassin et les membres postérieurs qui supportent exclusivement le tronc (fig. 127). Mais, dans la partie présacrée , l’axe de la colonne vertébrale a changé de direction. Dans la région lombaire la colonne présente une convexité antérieure (l) qui sert de base de sustentation à toute la région présacrée . La partie inférieure de la région lombaire jusqu’au promontoire est en même temps faiblement inclinée en avant. Le point culminant de cette courbure correspond généralement à la quatrième vertèbre lombaire. Les premières vertèbres lombaires, au contraire, font partie d’une concavité antérieure (th), qui intéresse aussi les vertèbres thoraciques et même les dernières vertèbres cervicales. Cette concavité compense la convexité de la partie inférieure de la région lombaire. Enfin les premières vertèbres cervicales décrivent une seconde convexité antérieure (c), qui est déterminée par la charge exercée sur elles par la tête. Ainsi le fait que l’homme a acquis l’habitude de se tenir dans la station verticale a entraîné toute une série de modifications dans la forme générale de la colonne vertébrale : la courbure qui apparaît la première et qui est en même temps la plus prononcée constitue le promontoire.

De même que cette courbure s’accentue davantage après la naissance, de même aussi les autres inflexions de la colonne deviennent plus marquées avec l’habitude de la marche en station verticale, qui a nécessairement pour conséquence une charge plus lourde supportée par la colonne vertébrale. Ces courbures présentent d’ailleurs chez l’adulte des variations individuelles, qui dépendent principalement du maintien du corps. Toutefois les caractères essentiels sont toujours les mêmes. Ces courbures augmentent quand la charge portée par la colonne, dans la station verticale, est momentanément augmentée. Par contre, elles diminuent lorsque cette charge diminue; c’est le cas notamment dans le décubitus qui produit nécessairement une extension de la colonne. L’action exercée par la charge que supporte la colonne s’exprime également par la forme des corps des vertèbres, qui deviennent cunéiformes; caractère qui est surtout marqué à la dernière vertèbre lombaire ; elle s’exprime aussi par la forme des disques intervertébraux. Mais ce n’est pourtant pas le seul facteur qui détermine chez l’individu les inflexions de ce système d’organes. Ce qui le prouve, c’est qu’elles commencent déjà à se manifester pendant la vie fœtale, alors qu’il ne peut être question d’une charge supportée par la colonne, dans le sens du moins où nous l’entendons. Le mode d’articulation des vertèbres entre elles ne leur permet qu’une faible mobilité. Mais s’il est vrai que toute vertèbre est peu mobile sur ses voisines, cependant un ensemble de vertèbres jouit déjà d’une certaine mobilité, et la colonne vertébrale, prise dans son ensemble, peut exécuter des mouvements plus importants encore. Les apophyses des vertèbres fonctionnent comme bras de leviers, en ce sens qu’elles donnent insertion aux muscles moteurs de la colonne vertébrale. Les côtes agissent aussi jusqu’à un certain point de la même manière. Cette action exercée par la musculature est compensée par l’élasticité d’une partie des ligaments, les ligaments jaunes en arrière et les disques intervertébraux en avant. Grâce à leur élasticité, ces ligaments ramènent la colonne dans sa position primitive, après qu’elle en a été écartée par l’action des muscles. Le mode d’articulation des corps des vertèbres au moyen des disques intervertébraux permet des mouvements en tous sens. Toutefois ces mouvements sont limités par les articulations des arcs vertébraux et tout particulièrement par la disposition différente des surfaces articulaires de ces articulations. Les mouvements de la colonne vertébrale ne sont donc pas de même nature ni de même étendue, dans ses différentes régions.

Voir également  Articulation coxo-fémorale

Le mouvement autour d’un axe transversal produit l’extension ou la flexion. La flexion, c’est-à-dire le mouvement en avant, est le mouvement le plus considérable qui puisse être exécuté par la colonne vertébrale. Le mouvement en sens inverse, c’est-à-dire la flexion dorsale, est entravé par la disposition des apophyses articulaires.

Seules les surfaces articulaires obliques des vertèbres cervicales permettent une flexion dorsale plus grande. Le mouvement autour d’un axe transversal peut également être exécuté par les vertèbres thoraciques inférieures et les vertèbres lombaires.

Le mouvement autour d’un axe sagittal est un mouvement de latéralité. C’est à la région lombaire, à cause de la courbure des surfaces articulaires, qu’il est le plus restreint. La position frontale des surfaces articulaires des dernières vertèbres cervicales et des vertèbres thoraciques permet, au contraire, ces mouvements latéraux. Ils sont d’ailleurs plus limités aux vertèbres cervicales supérieures.

Le mouvement autour d’un axe vertical s’exécute le plus facilement par les vertèbres thoraciques, attendu que les surfaces articulaires se trouvent dans un arc de cercle ayant son centre en avant du corps de la vertèbre. A la région lombaire, au contraire, les dispositions ne sont pas favorables à ce genre de mouvement. C’est donc à la région cervicale que les mouvements sont le moins limités; vient ensuite la région thoracique, enfin c’est à la région lombaire qu’ils sont relativement les plus restreints.

Le canal spinal qui traverse dans toute sa longueur la colonne vertébrale correspond par sa genèse à la moelle épinière, qu’il entoure ainsi que ses enveloppes. Ces rapports s’atrophient progressivement, mais dans une faible mesure. C’est au niveau de l’atlas qu’il est le plus large. A la deuxième vertèbre cervicale il est un peu plus étroit; mais il conserve cependant toujours, dans toute l’étendue de la région cervicale, un diamètre transversal important (fig. 110). Ce diamètre diminue à la région thoracique, en même temps que le diamètre sagittal prend moins de développement, et le canal spinal devient à peu près circulaire à la coupe transversale (fig. 114). A la dernière vertèbre thoracique ses deux diamètres augmentent et dans la région lombaire c’est le diamètre transversal qui prédomine (fig. 117); il atteint son maximum d’extension à la dernière vertèbre lombaire. Au sacrum le canal spinal se rétrécit progressivement, grâce au raccourcissement notable de son diamètre sagittal. C’est à partir de la deuxième vertèbre sacrée que cette disposition est le mieux exprimée. l La courbure de la région sacrée de la colonne vertébrale ne se montre bien nette qu’après la naissance. Elle se fait surtout au niveau de la troisième vertèbre sacrée, les deux premières se trouvant protégées contre la cause qui la détermine par l’articulation sacro-iliaque. La cause déterminante de cette courbure doit être la traction musculaire exercée par le muscle grand fessier, qui part des vertèbres sacrées inférieures et qui augmente considérablement de volume, lorsque le corps se tient dans la station verticale.