DISPOSITION DU SYSTÈME MUSCULAIRE

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A première vue il semble bien difficile, si l’on examine la disposition des muscles du corps, d’en établir une répartition rationnelle et systématique. Presque partout nous les voyons disposés en plusieurs couches, formées elles- même de groupes distincts, dans lesquels les muscles diffèrent les uns des autres par leur forme et par leur action. L’on a adopté jusqu’ici, pour en faire l’exposé didactique, la division en régions de la musculature, comme étant la plus naturelle. En fait, les muscles sont répartis en différents groupes correspondant aux différentes régions du .corps, et cette répartition est due non seulement à leurs rapports avec les pièces du squelette, mais aussi à leurs connexions nerveuses. Cependant en beaucoup de points du corps nous trouvons réunis des muscles dont ;l’action physiologique est différente. Toutefois, lorsque nous rencontrons i dans la même région topographique des muscles qui sont innervés par des nerfs très différents, nous sommes en droit, d’après ce que nous avons dit précédemment sur l’origine congénère des muscles et de leurs nerfs , de douter de l’unité réelle de cette région.

Pour rechercher une classification rationnelle de la S musculature, nous devons partir de l’état primitif, dans lequel le système musculaire tout entier est formé par les segments métamériques . Ces segments disposés de chaque côté de la ligne médiane en une série continue, Je long de l’axe du corps, constituent les muscles latéraux. La musculature de la région de la tête dérive également d’ébauches métamériques ; mais, à l’exception des muscles de l’œil, ces ébauches appartiennent aux arcs viscéraux.

Chez les vertébrés inférieurs, les muscles latéraux sont répartis en muscles dorsaux et en muscles ventraux (fig. 257, d. v.). Chacun d’entre eux est innervé par un rameau spécial d’un nerf spinal : le muscle latéral supérieur ou dorsal (d) par le rameau dorsal ou postérieur du nerf spinal correspondant, et le muscle latéral inférieur ou ventral (v) par le rameau ventral ou antérieur du même nerf spinal. La division des nerfs spinaux en deux rameaux nous vient en aide pour déterminer la signification des muscles. Il y a donc une partie de la musculature qui dérive d’une disposition plus ancienne au point de vue phylogénique, disposition qui réapparaît dans le cours de l’ontogénie et qui est caractérisée par le groupement métamérique des muscles, en même temps que par leur répartition en muscles dorsaux et en muscles ventraux. Ces muscles, ce sont ceux de l’axe du corps.

Bien que les muscles de l’axe du corps aient déjà plus ou moins perdu leur disposition simple, primordiale, grâce à la différenciation de la colonne vertébrale en plusieurs grandes régions, ou grâce à des modifications survenues dans les insertions de leurs points d’origine et de terminaison, cependant leur caractère métamérique s’est presque entièrement maintenu. On peut même encore en retrouver des traces certaines là où le fusionnement de muscles métamériques primitifs a déterminé la formation de masses musculaires plus volumineuses. Les muscles de l’axe du corps peuvent encore, si l’on tient compte ou bien de leur situation, ou bien de leur innervation quand leur situation a changé, se distinguer en muscles dorsaux et en muscles ventraux, en muscles postérieurs et en muscles antérieurs.

Voir également  STRUCTURE DES MUSCLES

Tout autrement se comporte la musculature des membres. Nous avons considéré les membres comme des parties du corps formées secondairement, et qui ne commencent à se séparer du corps qu’après l’ébauche de la musculature de l’axe (plaques musculaires. On comprend ainsi qu’ils n’aient pas de muscles propres, mais que leur musculature dérive de celle de l’axe du corps. C’est là d’ailleurs un fait qui est parfaitement établi. Certains muscles ventraux de l’axe du corps envoient des prolongements, des bourgeons, sur l’ébauche du membre. C’est aux dépens de ces bourgeons que se forment progressivement les muscles du membre. Ces muscles ont cependant perdu leur caractère métamérique. Par contre, nous ne les trouvons innervés que par des rameaux nerveux ventraux, ce qui nous prouve que ce sont des muscles ventraux. Les muscles des membres antérieurs représentent donc une partie constitutive de la musculature du tronc, avec laquelle ils restent en rapport. Plusieurs d’entre eux semblent même avoir pris une certaine suprématie sur les muscles propres de l’axe du corps. Cette suprématie, ils la doivent non seulement à leur nombre, mais aussi au puissant volume qu’ils ont acquis, grâce à l’extension de leurs points d’origine sur le squelette du tronc.

En nous fondant sur ces considérations, nous divisons la musculature du squelette en musculature primordiale ou metamerique de l’axe du corps, subdivisée elle-même en une partie dorsale et une partie ventrale, et en musculature secondaire ou musculature des membres, que l’on doit considérer comme dérivant de la musculature primordiale ventrale. La musculature des membres, grâce au cheminement des muscles qui la constituent, a perdu sa position primitive ; elle s’est en outre hautement différenciée en se divisant en un grand nombre de muscles. Elle doit son haut degré de perfectionnement à la grande mobilité des parties squelettiques des membres.

Dans notre description du système musculaire, nous prendrons pour base la division en régions, tout en tenant compte cependant des considérations que nous venons de faire valoir pour le groupement des muscles hétérogènes des diverses régions de l’axe du corps.

La suprématie qu’a prise la musculature des membres est la résultante de la valeur fonctionnelle de ces derniers. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un coup d’œil sur la disposition du système musculaire dans la série des vertébrés. Chez les vertébrés es plus inférieurs (Cyclostomes) les muscles métamériques de l’axe du corps sont à peu près les seuls qui interviennent dans la locomotion. Les muscles latéraux sont les organes principaux de la locomotion, même chez les vertébrés dont les membres fonctionnent déjà comme organes locomoteurs, chez les poissons par exemple. Chez les amphibiens (du moins chez les urodèles) et chez la plupart des reptiles (lézards, serpents, crocodiles), les muscles de l’axe du corps jouent aussi un grand rôle dans a locomotion, bien que cependant chez la plupart d’entre eux le grand perfectionnement des membres leur ait déjà enlevé une partie de cette fonction, en entraînant une rétrogradation partielle de cette musculature primordiale. La rétrogradation des muscles de l’axe du corps est donc corrélative au perfectionnement de la musculature des membres. Déjà, chez les poissons, une partie des muscles de l’axe se sont reportés sur les membres et sont devenus indépendants. Au fur et à mesure que les membres se sont perfectionnés, leur musculature a acquis une plus grande autonomie. Enfin, chez pus les mammifères (les cétacés et les pinnipèdes exceptés), la fonction de locomotion n’est plus accomplie que par les membres. Aussi voyons-nous, chez eux, les muscles de l’axe du corps perdre leur première et principale fonction et ne plus intervenir dans la locomotion que pour produire certains mouvements coordonnés. Ils accomplissent d’autres fonctions plus spéciales.

Voir également  Sacro-spinal

C’est donc le perfectionnement des membres qui est la plus importante des causes puis ont déterminé cette transformation des dispositions primordiales de la musculature, telles que nous les trouvons encore réalisées chez les vertébrés inférieurs. Les muscles du tronc ont subi une rétrogradation progressive, au fur et à mesure que les membres se sont .perfectionnés en vue de la locomotion. Cependant, dans la grande majorité des régions du corps, ils ne sont que réduits, mais on les y trouve encore; dans quelques régions il n’en reste que des vestiges. Il s’est en outre produit, dans le cours de l’évolution phylogénique, une différence entre la fonction des membres antérieurs et celle des membres postérieurs. Au fur et à mesure que cette différence fonctionnelle s’est accentuée, il s’est aussi produit des différences de plus en plus accusées dans la disposition de leurs muscles. Les membres supérieurs chez les singes et surtout chez l’homme ont acquis une mobilité plus considérable : aussi leurs muscles s’étendent-ils sur une grande partie du tronc. Cette extension des origines des muscles sur l’axe du corps a déterminé des modifications dans la disposition du squelette de l’axe. Il faut donc, pour apprécier la valeur morphologique des muscles, tenir aussi compte des influences réciproques que le système musculaire et le système squelettique ont exercées l’un sur l’autre.

LA DISPOSITION DE LA MUSCULATURE ÉTANT LE RÉSULTAT DE LA TRANSFORMATION D’UN ÉTAT PRIMORDIAL, il en résulte que nous rencontrons fréquemment des déviations de la disposition normale. Ces soi-disant variétés musculaires ne sont que des variations. Elles ont une grande importance, parce qu’elles nous montrent souvent la voie qu’a suivie dans son évolution le muscle pour arriver à acquérir la disposition que nous considérons comme normale. Les variétés musculaires, qui n’ont guère été scientifiquement étudiées jusqu’ici, constituent donc de précieux documents pour nous permettre d’établir l’histoire de l’évolution progressive du système musculaire.