Côtes et sternum

 

 

Les côtes sont des organes squelettiques, ayant la forme d’arcs fixés à la colonne vertébrale et dirigés vers la face ventrale. Chez les vertébrés inférieurs ces organes sont répartis uniformément dans toute l’étendue de la portion troncale de la colonne vertébrale. Dans les groupes plus élevés, une partie d’entre elles deviennent rudimentaires ou se fusionnent avec les vertèbres, tandis que d’autres disparaissent complètement. Nous avons précédemment mentionné à différentes reprises ces rudiments de côtes. Enfin, certaines côtes prennent un développement spécial. Chez l’homme, elles sont au nombre de 12 paires, en relation avec les vertèbres thoraciques : ce sont les côtes thoraciques. Sept d’entre elles s’unissent sur la ligne médiane.

Elles se différencient des vertèbres sous forme de cartilage et à un moment de la vie fœtale toutes celles d’un même côté se soudent par leurs extrémités ventrales en une bandelette longitudinale, appelée bandelette sternale, qui progressivement se rapproche de celle de l’autre côté et finit par se fusionner avec elle (fig. 128). Ces côtes sont alors unies par une pièce cartilage médiane, l’ébauche du sternum; cette union se maintient, bien que le sternum montre plus tard des traces de division. Le sternum est donc un produit des côtes.

Les côtes qui interviennent dans la formation du sternum sont les vraies côtes (costae verae). On leur donne ce nom pour les distinguer des cinq dernières paires, que l’on appelle fausses côtes (costae spuriae). Les fausses côtes n’atteignent plus le sternum. Cependant trois paires d’entre elles s’unissent d’une façon indirecte avec le sternum, en ce sens que leur extrémité antérieure s’applique contre les côtes précédentes. Seules les deux dernières paires ne contractent jamais d’union avec les autres; elles restent libres pendant toute la durée de la vie. Elles sont par conséquent plus mobiles que les autres; de là le nom de côtes flottantes qu’on leur donne.

Si l’union des côtes en un sacrum est l’expression d’un perfectionnement, nous devons considérer les cinq dernières paires comme moins hautement organisées que les sept premières paires. Ce perfectionnement se produit progressivement de haut en bas. Les côtes flottantes sont donc celles qui sont le moins perfectionnées. Elles établissent une transition vers la région lombaire, dans l’étendue de laquelle les côtes ne se maintiennent généralement pas.

Les côtes thoraciques ne demeurent complètement cartilagineuses que pendant peu de temps. La plus grande partie de l’arc cartilagineux s’ossifie, et, indépendamment d’un reste de cartilage peu important qui persiste à l’extrémité vertébrale ou dorsale de la côte, il ne subsiste de partie cartilagineuse qu’à l’extrémité opposée, c’est-à-dire à l’extrémité ventrale. Cette partie cartilagineuse constitue le cartilage costal. Il y a donc lieu de distinguer à chaque côte une partie osseuse et une partie cartilagineuse. Ces organes du squelette jouissent d’une élasticité relativement considérable, grâce à leur gracilité. Cette élasticité est encore notablement augmentée par l’existence du cartilage costal. La cage thoracique toute entière est élastique, à cause de l’élasticité des différentes côtes qui interviennent dans sa formation.

Cette élasticité diminue au fur et à mesure que le cartilage perd sa structure hyaline primitive. Il se transforme en certains points en fibro-cartilage et devient plus fragile avec l’âge ,.en se calcifiant. Il en résulte que l’élasticité des côtes diminue avec l’âge. Toutes les côtes sont obliquement dirigées vers le bas : elles sont séparées par des espaces intercostaux assez réguliers et diffèrent entre elles par leur longueur et surtout par leurs rapports. Elles se trouvent, à ce point de vue, sous la dépendance du périmètre de la cavité thoracique qu’elles délimitent, sous la dépendance de leur articulation avec la colonne vertébrale et des parties molles de différentes natures qui entrent en relation avec elles.

A leur extrémité vertébrale, les côtes présentent un épaississement, appelé tête de la côte (fig. 130 et 131), par lequel elles s’articulent avec le corps des vertèbres. Leur surface articulaire est encroûtée de cartilage. A la première côte la surface articulaire est simple. A partir de la deuxième ou de la troisième côte, cette surface commence à se diviser en deux facettes obliques, séparées par une crête (crête de la tête).

Généralement la facette supérieure est la plus petite. Cette disposition est déterminée par l’articulation de ces côtes avec les corps de deux vertèbres (page 164), en ce sens que la deuxième ou la troisième côte empiète sur le corps de la vertèbre précédente. Cette disposition se maintient jusqu’à la dixième ou la onzième côte. A partir de là, la surface articulaire redevient simple, ce qui revient à dire que la côte ne s’articule plus qu’avec une seule vertèbre. Les côtes supérieures offrent, à une certaine distance de leur tête, une articulation avec les apophyses transverses des vertèbres. La surface articulaire, revêtue de cartilage, siège sur une saillie nette, la tubérosité de la côte. La tubérosité des premières côtes est dirigée en arrière; aux côtes suivantes, elle est dirigée en arrière et en même temps vers le bas. A la dixième et même parfois déjà à la huitième côte, la tubérosité est peu marquée et à partir de là elle ne présente plus de surface articulaire. Enfin les deux dernières côtes n’ont jamais de tubérosité.

A la suite du développement de la tubérosité, l’espace compris entre elle et la tête de la côte est plus nettement accusé, surtout aux cinq ou sept côtes supérieures. On désigne cet espace sous le nom de col de la côte. Le col des côtes moyennes devient plus élevé et enfin, aux côtes inférieures, il se continue insensiblement avec le corps de la côte. Son bord supérieur présente, dans toute sa longueur, une crête, la crête dit col, qui est surtout nette à partir de la troisième côte.

Voir également  Formes des articulations

Les côtes constituant des arcs, qui délimitent la cavité thoracique, présentent à considérer une face externe et une face interne, séparées par des bords plus ou moins nets. A la première côte (fig. 131, I) ces faces sont respectivement supérieure et inférieure. La face externe de la deuxième côte est encore dirigée obliquement vers le haut. A partir de la troisième, elles prennent une direction plus verticale.

La longueur des côtes augmente jusqu’à la septième ou la huitième ; à partir de là elle diminue. Leur courbure est variable : les côtes supérieures représentent. grande partie d’un arc de cercle dont le rayon est plus petit, les côtes inférieures représentent au contraire une partie plus petite d’un arc de cercle dont le rayon est plus grand.

C’est la dernière côte seulement que l’on peut, à juste titre, considérer comme représentant un arc de cercle. Les autres côtes peuvent en effet se diviser en deux ou trois parties, représentant des arcs de cercle de rayons différents. C’est la partie la plus rapprochée de la colonne vertébrale qui constitue l’arc de cercle dont le rayon est le plus court (AEBY).

Grâce à leur position oblique, les côtes offrent encore une autre courbure en spirale; c’est la courbure de torsion. La courbure des côtes ne se trouve donc pas dans. un seul et même plan. Une autre particularité consiste en ce que la côte forme, en dehors du col, un angle obtus ouvert en avant et en dedans. Cet angle costal (fig. 130 et 131) est déterminé par les muscles qui s’y insèrent.

Le sommet de l’angle costal de la première côte correspond à la tubérosité de cette côte. A partir de la deuxième côte il se trouve situé en dehors du tubercule et d’autant plus en dehors que l’on a affaire à une côte plus postérieure.

Enfin aux dernières côtes il n’existe plus. Aux côtes moyennes le corps de la côte devient plus élevé à partir de l’angle costal. Une saillie dirigée vers le bas délimite une gouttière, qui siège à la face interne de la côte : c’est la gouttière costale (sulcus costalis), qui s’étend le long du bord inférieur, excepté dans le dernier tiers de la côte. La gouttière costale fait défaut à la dernière et à la première côte. Elle est moins marquée enfin, sur les côtes qui se trouvent dans le voisinage de la première et de la dernière.

La première côte offre des caractères spéciaux qu’elle doit à ses rapports avec les organes voisins (fig. 131). Elle présente à sa face supérieure, dans le voisinage immédiat de son extrémité sternale, un tubercule qui donne insertion à un ligament de la clavicule. Deux faibles impressions, convergeant en dehors, sont dues à la présence de deux gros vaisseaux sanguins : on les désigne sous les noms d’empreintes de l’artère et de la veine sous-clavières. Entre ces deux dépressions existe une faible saillie, parfois même un tubercule, le tubercule du muscle scalène ou tubercule de Lisfranc ; il donne insertion au musclé scalène antérieur (musculus scalenius anticus) – En arrière et en dehors de l’empreinte de l’artère sous-clavière, se trouve un autre tubercule, qui donne insertion au muscle scalène moyen (m. scalenius médius). Enfin une autre tubérosité plus nette existe à la deuxième côte (fig. 131, Tuberositas) : elle- sert de point d’origine à une branche du muscle grand dentelé (musculus serratus anticus major).

Les cartilages costaux sont des prolongements des côtes osseuses. Ces dernières sont un peu renflées en leur point de continuité avec les cartilages costaux. Ils sont moins aplatis que les côtes osseuses, et prennent même parfois une forme cylindrique. La longueur de ces éléments va en augmentant jusqu’à la septième côte (fig. 132) ; puis elle diminue de telle sorte que les dernières côtes ne portent plus que de courts cartilages costaux, effilés à leur extrémité. Les cartilages costaux de la première et de la deuxième côte ont la même direction que ces dernières. Celui de la troisième côte suit aussi en général la même direction qu’elle : il aboutit presque exactement au milieu du bord externe du sternum. Les cartilages suivants des vraies côtes ont leurs articulations sternales plus rapprochées l’une de l’autre. Le quatrième cartilage costal forme à son point d’union avec la côte osseuse un angle assez marqué. Un angle semblable existe déjà, bien que beaucoup moins marqué, à la troisième côte. A la cinquième côte il est beaucoup mieux exprimé encore qu’à la quatrième. Enfin à la sixième, à la septième, et même parfois déjà à la cinquième côte, cet angle ne correspond plus à l’union de la côte osseuse avec le cartilage costal, mais il est formé par le cartilage costal lui-même, qui se trouve ainsi incurvé (fig. 132).

Le cinquième et le sixième cartilage costal ainsi que le sixième et le septième sont souvent unis par des saillies cartilagineuses. L’extrémité amincie du huitième cartilage costal s’unit au bord inférieur du septième. De même le neuvième est uni au huitième. Parfois cependant l’extrémité du huitième cartilage costal arrive jusqu’au sternum, avec lequel il s’articule. Le septième cartilage aboutit en général en avant du corps ou lame du sternum. C’est aussi le cas pour le huitième, lorsqu’il s’étend jusqu’au sternum.

Voir également  Articulation carpienne

De même que toutes les parties squelettiques qui occupent une extrémité libre, les dernières côtes présentent de grandes variations dans leur développement. Je renverrai à ce que j’ai dit concernant la colonne vertébrale. La dernière côte est parfois très réduite. Il n’est pas rare de trouver une treizième côte rudimentaire.

Son existence s’explique par la persistance et le développement de son ébauche, qui apparaît normalement dans le cours de l’ontogénie. Cette côte peut aussi exister sans que le nombre des vertèbres lombaires soit diminué. La douzième côte est alors généralement plus développée que de coutume. La onzième est aussi, dans ce cas, fréquemment plus longue. Un fait qui semble indiquer que les dernières côtes étaient primitivement plus longues qu’elles ne le sont actuellement, c’est que l’on trouve parfois dans le muscle petit oblique de l’abdomen (musculus, obliquus ,internus), une pièce cartilagineuse qui n’est qu’un prolongement du cartilage costal de la onzième côte. Ces circonstances, .ainsi que cet autre fait que la huitième côte s’étend assez fréquemment jusqu’au sternum, tendent à prouver qu’il existait primitivement un nombre plus considérable de côtes. D’ailleurs, la disposition réalisée chez les singes Anthropoïdes est encore un argument en faveur de cette manière de voir. La division de l’extrémité distale des côtes osseuses, due à l’extension du corps des côtes, doit être considérée comme une formation exagérée et ne peut être expliquée par le processus normal du développement.

L’ossification des côtes commence entre la neuvième et la quinzième semaine de la vie fœtale. Entre la huitième et la quinzième année de la vie, il se forme des noyaux épiphysaires dans la tête et dans la tubérosité de la côte. Ces noyaux osseux se fusionnent avec la pièce principale de la côte, entre quinze et vingt-cinq ans.

Le STERNUM est le produit du fusionnement des extrémités antérieures d’un certain nombre de côtes. Les bandelettes cartilagineuses longitudinales formées, de chaque côté de la ligne médiane, par les extrémités ventrales des côtes, bandelettes que l’on désigne sous le nom de bandelettes sternales (fig. 128), se rapprochent progressivement l’une de l’autre et s’unissent sur la ligne médiane. Leur fusionnement a lieu d’avant en arrière (fig. 133). Ainsi se forme un organe squelettique médian et impair, qui constitue, après son ossification, un os plat, large, auquel il y a lieu de considérer trois parties plus ou moins nettement distinctes. La partie supérieure, qui est en même temps la plus large, est une pièce courte, que l’on désigne sous le nom de manubrium. La seconde pièce, située en arrière de la précédente, est la plus longue : on l’appelle le corps ou la lame du sternum.

Elle se continue en arrière avec la troisième pièce, généralement petite et le plus souvent cartilagineuse. Cette pièce qui ne porte plus de côtes est la pointe du glaive ou appendice xiphoïde, encore appelée apophyse ensiforme. Tandis que le manubrium et le corps du sternum se forment par fusionnement des bandelettes sternales, l’appendice xiphoïde apparaît comme un organe distinct, constituant un cartilage pair, qui probablement provient des extrémités ventrales des côtes, de la huitième ou de la neuvième paire, lesquelles n’interviennent pas dans la constitution des bandelettes sternales.

Le manubrium doit son volume plus considérable à l’articulation avec la clavicule, qui repose sur lui par son extrémité sternale. Il est bien développé et constitue une pièce importante du sternum, chez tous les mammifères qui possèdent une clavicule bien développée. Chez ceux dont la clavicule est atrophiée, son volume diminue, c’est-à-dire que le manubrium est alors moins large que le corps de l’os. Le bord supérieur du manubrium présente, à droite et à gauche, une échancrure, appelée échancrure claviculaire, qui sert à l’articulation avec la clavicule (fig. 134). Le bord supérieur et interne de chacune de ces échancrures fait saillie et délimite latéralement une échancrure médiane appelée échancrure jugulaire ou fourchette du sternum. Au-dessous de l’échancrure claviculaire, une partie rugueuse du bord externe du manubrium sert à l’articulation avec le premier cartilage costal (1, fig. 134).

Le corps du sternum s’élargit un peu vers son extrémité inférieure pour se rétrécir de nouveau, au point où il s’unit à l’appendice xiphoïde. Ses bords latéraux présentent de petites échancrures, qui reçoivent les extrémités

des cartilages costaux. La deuxième paire de cartilages costaux s’articule au point d’union entre le manubrium et le corps du sternum. La distance qui sépare les échancrures correspondant au troisième (3) et au quatrième (4) cartilage costal est sensiblement la même que celle qui existe entre les échancrures destinées à recevoir le deuxième (2) et le troisième cartilage (3). La distance qui sépare la quatrième (4) de la cinquième (5) échancrure est déjà moindre. Enfin, la sixième (6) et la septième (7) sont plus rapprochées encore et se trouvent près de l’extrémité du corps de l’os. Le cartilage de la septième côte s’articule habituellement avec le corps du sternum, un peu en avant de l’appendice xiphoïde.

Voir également  Articulations péronéo-tibiales

L’appendice xiphoïde est la partie la plus variable du sternum. Il est parfois perforé d’un orifice (fig. 134), ou bien il est bifurqué, ce qui est en rapport avec son origine paire. Cette partie du sternum reste longtemps cartilagineuse, en tout ou en partie. Ce n’est que très tard, pendant la vie, qu’il se synostose avec le corps de l’os.

La soudure du corps du sternum et du manubrium se fait déjà très tôt. Il se forme exceptionnellement entre eux une cavité articulaire. Plus fréquemment la mobilité primitive du manubrium persiste, c’est-à-dire que le cartilage qui existe primitivement entre le corps du sternum et lui, cartilage qui atteint une hauteur de 6 millimètres, se transforme, en son milieu, en fibro-cartilage. Cette particularité favorise la position angulaire du manubrium par rapport au corps du sternum, position qui, bien qu’elle ne soit pas expliquée, se manifeste dans la phtisie pulmonaire (angle de Louis (1). Après la synostose, la limite entre le manubrium et le corps du sternum est marquée par une crête transversale. On trouve également de ces crêtes entre les diverses échancrures que présentent les bords latéraux du corps de l’os et qui servent aux articulations avec les extrémités ventrales des cartilages costaux. Ces crêtes sont des traces de synostoses.

L’ossification du corps de l’os se fait par plusieurs noyaux osseux. Après l’apparition, pendant la dernière période de la vie fœtale, dans le manubrium d’un point d’ossification, auquel s’ajoutent parfois encore deux ou trois points d’ossification moins importants, il apparaît dans le corps du sternum plusieurs noyaux osseux (6 à 13). Ils sont le plus souvent disposés de telle sorte que dans la partie supérieure, c’est-à-dire entre la deuxième et la troisième paire de côtes, il se forme un noyau osseux plus volumineux, tandis que dans le restant du corps il s’en forme de plus petits, placés parallèlement ou obliquement les uns à côté des autres. C’est pendant les derniers mois de la vie intra-utérine, ainsi que pendant les premiers mois après la naissance, qu’apparaissent ces points d’ossification.

De la sixième à la douzième année de la vie les noyaux osseux, placés les uns à côté des autres, se fusionnent de façon à former trois, quatre ou cinq pièces plus volumineuses, composant le corps du sternum. A la fin de la croissance ces pièces se synostosent. Pendant l’enfance, il apparaît dans l’appendice xiphoïde un ou deux points d’ossification.

Chez la femme le manubrium est plus large et en même temps le corps de l’os est plus long et plus étroit que chez l’homme.

Au bord supérieur du sternum se trouvent parfois appliqués deux osselets, appelés os suprasternaux. Ce sont des parties spéciales du squelette, qui dérivent d’un épisternum. Ce dernier se forme aux dépens de l’ébauche du manubrium, c’est-à-dire de
la partie antérieure de la bandelette sternale.

La division primitive du sternum cartilagineux en deux moitiés latérales se maintient parfois d’une façon variable et donne lieu à une malformation, que l’on appelle fissure congénitale du sternum. L’existence d’un trou dans la partie inférieure du corps de l’os provient aussi de cette disposition primitive.