Ceinture de l’épaule

 

 

Les os de la ceinture de l’épaule sont l’omoplate (scapula) et la clavicule (clavicula), qui unit l’omoplate au sternum.

La ceinture de l’épaule, qui supporte l’extrémité libre du membre, consiste primitivement en deux parties, dont l’une est dorsale et l’autre ventrale. Ces deux parties dérivent d’une ébauche cartilagineuse unique, la ceinture primordiale de l’épaule; l’extrémité libre du membre s’articule avec elle au point où les deux pièces de la ceinture sont en contact l’une avec l’autre. La pièce dorsale donne naissance à l’omoplate, c’est- à-dire à la partie principale de la ceinture du membre. La pièce ventrale est primitivement fixée au sternum : elle est ainsi soutenue par ce dernier, ce qui donne à la ceinture de l’épaule une solidité plus grande, tout en diminuant cependant sa mobilité. Cette disposition se trouve encore maintenue à l’état permanent chez les mammifères inférieurs, les Monotrèmes.

A partir de là, nous voyons chez les mammifères le membre antérieur acquérir une plus grande liberté de mouvements et la ceinture de l’épaule prendre aussi part à cette mobilité. Il en résulte que l’union sternale de la ceinture disparaît par atrophie de sa partie ventrale. Cette dernière se trouve réduite à une apophyse soudée à l’omoplate et désignée sous le nom d’apophyse coracoïde. Ce qu’a perdu en solidité la ceinture de l’épaule, grâce à la disparition de son union sternale et à l’atrophie de sa partie ventrale, est compensé, d’une part, par le développement plus considérable des muscles qui s’insèrent à l’omoplate et, d’autre part, par une nouvelle disposition. Cette disposition consiste dans l’union de l’omoplate au sternum par l’intermédiaire de la clavicule. Cette nouvelle union de l’omoplate au sternum, non seulement supplée à celle qui existait précédemment, mais elle est d’un ordre plus élevé que cette dernière, parce qu’elle ne porte nullement préjudice à la mobilité de l’omoplate. Nous voyons donc se réaliser, dans cette nouvelle disposition, un progrès lié à la disparition d’une partie de la ceinture primitive de l’épaule. Chez beaucoup de mammifères l’union de l’omoplate au sternum a aussi disparu, la clavicule s’étant elle-même atrophiée, parce que le membre s’est progressivement réduit à l’état d’un simple organe de sustentation et de locomotion. Le développement considérable de la clavicule chez l’homme est donc l’expression d’une plus grande liberté d’action du membre antérieur.

L’OMOPLATE est un os large, plat et de forme triangulaire, auquel nous distinguons une face antérieure, une face postérieure, trois bords et trois angles, plus des apophyses de différentes espèces. La partie la plus épaisse de l’os sert à l’articulation avec l’humérus. Le restant de la lame osseuse sert principalement à des insertions musculaires, auxquelles sa surface s’est d’ailleurs adaptée. La face antérieure (fig. 193), dirigée vers la partie externe de la paroi postérieure du thorax, est particulièrement déprimée en haut et en dehors : elle forme la fosse sous-scapulaire (fossa subscapularis).

Du voisinage du bord interne de l’os partent plusieurs lignes rugueuses ou crêtes (costsae) qui convergent en dehors et en haut, à la face antérieure, et qui donnent insertions à des tendons d’origine du muscle sous scapulaire. La face postérieure (fig. 194) est divisée en deux parties inégales par une crête saillante, l’épine de l’omoplate (spina scapulse), qui s’élève en procédant du bord interne de l’os. Les deux parties de la face postérieure, qu’elle sépare, sont partiellement concaves et constituent la fosse sus-épineuse (fossa supraspinata) et la fosse sous-épineuse (fossa infraspinata).

L’épine de l’omoplate commence à la base (bord interne) de l’os par une surface triangulaire. Elle se dirige obliquement en dehors jusqu’au voisinage du col de l’omoplate en devenant de plus en plus saillante. Son bord libre renflé se continue en une forte apophyse, l’acromion , qui s’étend en dehors au-dessus de l’omoplate. Le bord antérieur de l’acromion, qui est dirigé en même temps un peu en dedans, porte une petite surface articulaire pour l’articulation avec la clavicule. Le bord interne de l’os est aussi le plus long (basis scapulae); il est généralement droit ou faiblement convexe. Il s’étend inférieurement jusqu’à l’angle inférieur (a. i.), qui est un peu arrondi et un peu plus épais et s’y continue avec le bord externe. Ce dernier, épaissi en une sorte de bourrelet, s’étend jusqu’à l’angle supérieur et externe (a. l.). L’angle inférieur présente à la face postérieure de l’os une surface délimitée par une ligne rugueuse oblique : cette surface donne insertion au muscle grand rond. Au-dessus de cette surface on en trouve une plus petite située sur le bord externe de l’os; c’est la surface d’origine du muscle petit rond.

Voir également  Modifications subies par le crâne dans le cours de la vie

La partie articulaire de l’omoplate (fig. 194, a. l.) constitue l’angle externe et supérieur de l’os. C’est une saillie importante, qui porte la cavité glénoïde (cavitas glenoidalis), c’est-à-dire là cavité de réception de l’articulation de l’épaule, cavité allongée et un peu rétrécie dans sa partie supérieure. La partie articulaire est entourée par une échancrure appelée col de l’omoplate. Au dessous de la cavité glénoïde, sur le bord externe de l’os, se trouve la tubérosité sous-glénoïdienne (tuberositas infraglenoidalis), qui est le point d’origine de la longue portion du muscle triceps (musculus anconoeus longus). Une saillie moins accusée et située à l’extrémité supérieure de la cavité glénoïde sert d’insertion au tendon d’origine du long chef du muscle biceps : on désigne cette saillie sous le nom de tubérosité sus-glénoïdienne (tuberositas supraglenoidalis). Entre la base de l’épine et la partie articulaire de l’os existe une échancrure, l’échancrure du col (incisura colli).

L’angle interne et supérieur est un peu reporté vers le haut. De cet angle part le bord supérieur de l’os, le plus court d’entre eux; il est légèrement incliné en dehors et en bas et se termine à l’échancrure scapulaire ou échancrure coracoïdienne (incisurascapulae) Cette échancrure, qui est plus ou moins profonde, est une solution de continuité, ménagée pendant le développement du bord supérieur de l’os. Elle correspond au point d’entrée d’un nerf dans la fosse sus-épineuse.

Entre l’échancrure coracoïdienne et le bord supérieur de la surface articulaire s’élève l’apophyse coracoïde (processus coracoides), recourbée en forme de crochet et dirigée d’abord vers le haut, puis en dehors et en avant. Elle représente, comme INDUS l’avons dit précédemment, la partie ventrale de la ceinture primordiale de l’épaule. Chez les reptiles et les oiseaux, elle constitue un os très apparent, qui arrive jusqu’au sternum et complète de la sorte la ceinture de l’épaule.

Parmi les mammifères, cet os n’existe plus que chez les Monotrèmes; chez les autres, il est généralement rudimentaire. Toutefois on reconnaît encore son indépendance primitive dans ce fait qu’il se forme par un noyau d’ossification spécial, qui apparaît dans le cartilage coracoïdien, lequel est en continuité avec le cartilage scapulaire (fig. 195).

L’acromion et l’apophyse coracoïde forment au-dessus de l’articulation de l’épaule, une voûte qui est complétée par un large ligament, étendu entre l’acromion et l’apophyse coracoïde et désigné sous le nom de ligament acromio-coracoïdien (ligamentum coraco-acromiale) (fig. 198).

L’échancrure coracoïdienne est transformée en un trou par un ligament qui est jeté sur elle comme un pont, et que l’on appelle ligament coracoïdien ou ligament transverse (lig. transversum). Ce ligament peut s’ossifier, ce qui donne lieu à la formation d’un trou coracoïdien, délimité de toutes parts par de la substance osseuse.

Un autre cordon ligamenteux va du col de l’omoplate à la base de l’épine ; c’est le ligament transverse inférieur (ligamentum transvers. inferius). Sous ce ligament courent des vaisseaux sanguins.

La forme de l’omoplate est en relation intime avec le développement des muscles du bras qui en partent. L’extension de la base de l’omoplate permet aux muscles rotateurs du bras de prendre de larges insertions. Lorsque les mouvements du bras sont plus restreints et que, par conséquent, le développement des muscles est moindre, la base de l’omoplate est plus étroite. Il en est ainsi chez tous les mammifères dont le membre antérieur ne fonctionne que comme « pied ». La fonction du membre supérieur influe donc sur la forme de l’omoplate. Chez l’homme, même la base de l’omoplate ne prend un grand développement que dans le cours de l’ontogénie.

Voir également  Squelette du métatarse

C’est ainsi que chez l’embryon elle est beaucoup plus restreinte et qu’elle est encore relativement beaucoup moins étendue chez le nouveau-né (fig. 196) que chez l’adulte. Dans beaucoup de races humaines, particulièrement chez les nègres, le rapport entre la longueur et la largeur de l’omoplate est moindre que dans la race blanche.

L’ossification de l’omoplate commence dans le voisinage du col. Elle est d’abord périchondrique. Il persiste longtemps du cartilage à la base, de l’omoplate ainsi qu’à l’acromion (voir fig. 196). Ce n’est que dans la première année de la vie qu’il apparaît un noyau d’ossification dans l’apophyse coracoïde.

Des noyaux accessoires se forment plus tard, pendant l’enfance : à la surface articulaire, le long de la base de l’os, entre le coracoïde et la partie articulaire, à l’extrémité supérieure de la cavité glénoïde, à l’angle inférieur de l’os et parfois aussi dans l’acromion. Le point d’ossification qui apparaît à l’extrémité supérieure de la cavité glénoïde s’unit au coracoïde, de sorte que ce dernier prend part à la formation de la cavité glénoïde. Le fusionnement du coracoïde avec l’omoplate a lieu vers l’âge de seize à dix huit ans.

La CLAVICULE unit l’omoplate au sternum. C’est un os disposé horizontalement et ayant la forme allongé longitudinalement. Il ne possède aucun rapport génétique avec la ceinture primordiale de l’épaule et n’a pas non plus de connexion directe avec le squelette de l’extrémité libre du membre. C’est grâce à l’atrophie de la partie coracoïdienne de la ceinture que la clavicule acquiert une importance plus grande comme moyen de fixation de l’omoplate au thorax ; elle permet toutefois une grande mobilité à l’omoplate.

On lui distingue un corps et deux extrémités. Le corps est, dans sa moitié interne, convexe en avant; dans sa moitié externe il est convexe en arrière. Sa face supérieure est plane et elle se rétrécit vers l’extrémité interne de l’os; elle s’élargit, au contraire, vers son extrémité externe. La face inférieure est tournée vers la première côte : elle est rugueuse. L’extrémité interne ou sternale (extremitas sternalis) (fig. 197) présente à considérer trois faces : une antérieure, une postérieure et une inférieure. Sur cette dernière se trouve la tubérosité costale (tuberositas costalis), bien développée, qui donne insertion à un ligament qui se rend à la première côte. La face terminale interne de l’os constitue une large surface un peu concave, recouverte de cartilage.

L’extrémité externe ou acromiale (extremita sacromialis) est étalée horizontalement et pourvue, à sa face inférieure, de rugosités, formant la tubérosité coracoïdienne (tuberositas coracoidea) et donnant insertion à des ligaments qui viennent de l’apophyse coracoïde.

Elle présente, en dehors, une petite surface articulaire, ovalaire, à grand diamètre transversal, et qui s’applique contre celle de l’acromion. Une gouttière étendue le long de la face inférieure de l’os donne insertion, dans son tiers moyen, au muscle sous clavier. De là le nom de gouttière sous-clavière qu’on lui donne.

De tous les os du corps c’est la clavicule qui s’ossifie le premier. Elle n’est pas, comme d’autres os, précédée d’une ébauche cartilagineuse. En un point correspondant au milieu de la longueur de la clavicule future se forme du tissu osseux aux dépens d’un tissu indifférent. Il apparaît de la sorte un centre d’ossification, auquel vient s’ajouter du tissu cartilagineux, aussi bien du côté du sternum que du côté de l’acromion. La formation de ce cartilage limite le développement en longueur de l’os. Du tissu osseux, qui procède de la petite pièce osseuse formée au milieu de l’ébauche, se développe au-dessus du cartilage et s’accroît avec lui au fur et à mesure que le cartilage s’épaissit et qu’il s’allonge, de telle sorte que la plus grande partie de la clavicule est extérieurement formée par du tissu osseux. Ce mode de développement, qui diffère de celui de tous les autres os, est une conséquence des relations que présente la clavicule chez les vertébrés inférieurs. Chez les poissons, c’est un os exclusivement cutané, qui se développe à une période reculée du développement. Au fur et à mesure que chez les vertébrés supérieurs il est entré en articulation mobile avec d’autres parties du squelette, il s’est adjoint à son ébauche primitive du cartilage. Ce cartilage apparaît très tôt chez les mammifères, parce que c’est chez eux que la clavicule a conservé sa mobilité la plus grande. Le perfectionnement de cet os a suivi pas à pas le perfectionnement de la liberté des mouvements des membres antérieurs. Là où cette liberté est restreinte et où le membre antérieur n’est qu’un organe de sustentation du corps, la clavicule est atrophiée, ou bien elle ne se développe plus, comme c’est le cas chez une foule de Carnassiers, chez tous les Ongulés, etc. On trouve encore des clavicules rudimentaires chez beaucoup de Carnassiers (le chat par exemple) et chez une foule de Rongeurs, le lièvre notamment.

Voir également  Symphyse du pubis

En même temps que la clavicule, il convient encore d’examiner une pièce du squelette, qui est rudimentaire chez l’homme où elle ne joue qu’un rôle très effacé. Je veux parler de l’épisternum, qui unit la clavicule au sternum. Chez beaucoup de mammifères il constitue un os spécial, qui est unique chez les Monotrèmes, pair chez d’autres mammifères, et qui s’unit d’une part avec le manubrium du sternum et d’autre part avec l’extrémité sternale de la clavicule (par exemple chez les Édentés, les Rongeurs et les Insectivores). Chez les singes il est, comme chez l’homme, exclusivement cartilagineux et sert de cartilage interarticulaire dans l’articulation sterno-claviculaire. Ces cartilages représentent les parties externes de l’épisternum. La partie médiane ou interne se maintient parfois, mais très rarement, chez l’homme et constitue les os su-prasternaux .